40 ans de cinéma gabonais, une semaine de magie : le voyage s’arrête ce samedi | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

40 ans de cinéma gabonais, une semaine de magie : le voyage s'arrête ce samedi | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

 

Il ne reste que quelques heures. Ce samedi 21 février, l’Institut français du Gabon baissera le rideau sur une semaine exceptionnelle : six jours magiques pour traverser quarante ans d’un cinéma gabonais trop longtemps relégué aux oubliettes. Dernière chance de ne pas rater le rendez-vous.

La scène de la rétrospective du cinéma gabonais se referme à l’IFG. Ceux qui y étaient s’en souviendront. Les autres n’ont plus que quelques heures. © GabonReview

 

Il y a des semaines que l’on regrette au fur et à mesure qu’elles s’écoulent. Celle-ci en est une. Depuis lundi 16 février, l’Institut français du Gabon offrait un cadeau rare : revoir, ou découvrir pour la première fois, les œuvres qui ont fondé, nourri et façonné le cinéma gabonais sur plus de quatre décennies. De 1972 à 2017, une poignée de films essentiels étaient de nouveau projetés sur grand écran, accompagnés de leurs réalisateurs pour des échanges à l’issue de chaque séance. Pour ceux qui ont laissé passer les jours sans franchir les portes de l’institution, la déception a sans doute un goût amer. Et elle est méritée.

Ce qui s’est joué, et qu’on ne reverra pas de sitôt

Difficile de ne pas éprouver un pincement en repensant aux projections déjà écoulées. Les tam-tams se sont tus de Philippe Mory (film fondateur du cinéma gabonais, daté de 1972) a ouvert une réflexion vertigineuse sur l’identité et la modernité postcoloniale à travers le personnage d’Abraham, sculpteur de masques perdu entre village et capitale.

 Henri Joseph Koumba Bididi, figure tutélaire de cet art national, a quant à lui régalé le public avec Les couilles de l’éléphant, satire mordante d’un politicien rattrapé par ses turpitudes en pleine campagne électorale, et avec Le singe fou, comédie sociale à l’humour grinçant qui suit les déboires d’un petit débrouillard de Libreville emporté dans un tourbillon de quiproquos.

Pierre Marie Dong, avec Identité, a livré une méditation lucide sur le déracinement d’un artiste africain revenu d’Europe, incapable de recoller les fragments de lui-même. Autant de séances qui resteront, pour qui les a vécues, des moments de cinéma inoubliables.

Ce soir, une dernière chance de ne pas tout rater

Mais la semaine n’est pas entièrement perdue pour les retardataires. Ce samedi 21 février, l’Institut français du Gabon projette en clôture L’ombre de Liberty d’Imunga Ivanga. Et ce serait une faute supplémentaire que de manquer ce rendez-vous ultime. Dans un pays africain imaginaire soumis à la dictature d’un certain président Maro, une voix clandestine pirate chaque soir les ondes nationales pour appeler le peuple à se lever. Traquée, promise à une forte récompense pour qui la dénoncera, cette voix baptisée «Liberty» prend peu à peu une dimension quasi mythique, entre réalité et légende, entre corps et murmure collectif. Thriller politique d’une intensité rare, le film d’Imunga Ivanga résonne avec une acuité troublante dans un continent où la parole libre reste, encore et toujours, un acte de courage.

La rétrospective se referme ce soir. Certains auront tout vu ; d’autres devront vivre avec l’inconfort d’avoir laissé passer quelque chose d’important. Pour ces derniers, il reste quelques heures. Il serait dommage de les gâcher.