438 minutes debout, bras levé : l’incroyable odyssée de «Lumumba», icône malgré lui de la CAN 2025 | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

438 minutes debout, bras levé : l'incroyable odyssée de «Lumumba», icône malgré lui de la CAN 2025 | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

 

Vêtu de couleurs flamboyantes, bras droit tendu vers le ciel, Michel Kuka Mboladinga est resté debout et immobile pendant plus de 438 minutes dans les tribunes de la CAN 2025. Ce supporter congolais, surnommé «Lumumba», a transcendé le simple folklore des stades pour devenir l’icône vivante du tournoi, fascinant l’Afrique entière par sa posture de statue humaine rendant hommage au héros de l’indépendance. Une épopée hors du commun.

Michel Nkuka Mboladinga, supporter de la RDC imitant le défunt leader congolais Patrice Lumumba, le 6 janvier 2026, à Rabat, au Maroc. © AP Photo/Mosa’ab Elshamy/TV5monde

 

Dans les travées électriques de la CAN 2025, une figure s’est dressée comme un totem vivant, transcendant le folklore des tribunes pour toucher au mythe. Michel Kuka Mboladinga, animateur public de profession et prophète des gradins par vocation, a transformé sa présence en acte de résistance spirituelle, incarnant pendant 438 minutes cumulées la posture immortelle de Patrice Lumumba.

Mohamed Amoura (Algérie) célèbre en mimant la pose du Congolais avant de s’effondrer. La statue Michel Kuka rompt et est emmené hors du stade. Et le président de la CAF, Dr Patrice Motsepe, avec «Lumumba». © D.R.

Debout, immobile, le bras droit tendu vers un horizon invisible, vêtu de couleurs éclatantes qui embrasent les tribunes, vestes aux couleurs vives ou pastels, pantalon bleu ou rouge sang, cravate représentant le drapeau de son pays la RDC, «Lumumba» ne s’est pas contenté de supporter. Il a communié. Sa mise en scène, rodée dans les gradins des supporters de l’AS Vita Club bien avant cette épopée marocaine, mêlait dévotion religieuse, militantisme patriotique et performance artistique en une synthèse qui aura fasciné autant qu’elle aura interrogé. Pour lui, cette immobilité n’est jamais pas spectacle mais prière continue, offrande silencieuse à une nation meurtrie par les conflits, dialogue muet avec l’esprit du héros de l’indépendance dont il porte le nom et reproduit la statue kinoise.

Quand la légende conquiert l’Afrique

L’icône a conquis bien au-delà des frontières congolaises. La Confédération Africaine de Football (CAF) elle-même s’est inclinée devant ce gardien de mémoire : Patrice Motsepe, patron de l’instance faitière du football africain, l’a reçu en audience, les réseaux officiels l’ont célébré comme «Inébranlable dans sa croyance». Les organisateurs marocains, sensibles à cette incarnation vivante du panafricanisme, auraient prolongé son séjour jusqu’à la finale, consacrant ainsi son statut de visage emblématique du tournoi, au-delà même de l’élimination cruelle des Léopards. Figure désormais continentale, Michel Kuka est devenu ambassadeur involontaire d’une Afrique qui se cherche entre modernité et fidélité à ses héros historiques.

Car il a y eut ce crépuscule tragique. À la 119è minute contre l’Algérie, lorsque le but fatal déchire les espoirs congolais, la statue vivante vacille s’effondre. Pour la première fois, Michel Kuka rompt sa posture, se prend la tête, essuie ses larmes devant des caméras stupéfaites. L’attaquant algérien Mohamed Amoura célèbre en mimant sa pose avant de s’effondrer. La moquerie involontaire a provoqué indignation continentale puis excuses publiques du joueur, conscient d’avoir profané un symbole.

Mais même brisé, «Lumumba» de la CAN 2025 demeure. Son rituel, au-delà du résultat sportif, aura interrogé ce qu’est vraiment supporter : acte de foi, mémoire politique, résistance poétique. Dans cette CAN marocaine, Michel Kuka Mboladinga n’aura pas seulement animé des tribunes. Il aura rappelé que certains gestes, immobiles et entêtés, portent en eux tout le poids d’une histoire debout.