Élections à Akanda : quand la pression citoyenne force l’État à rectifier le scrutin | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

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La volte-face du ministère de l’Intérieur, quelques heures après la dénonciation en conférence de presse de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, met à nu les fragilités de la CNOCER et soulève de graves doutes sur la fiabilité des institutions électorales gabonaises.

En forçant littéralement la CNOCER à corriger ses chiffres, Ntoutoume Ayi a démontré que la vigilance et le courage citoyen restent plus fiables que l’institution censée protéger la vérité des urnes. © GabonReview

 

Dans la commune d’Akanda, l’élection législative du 27 septembre 2025 s’est transformée en test grandeur nature de la transparence électorale au Gabon. Plus qu’une bataille de chiffres, l’épisode révèle l’extrême dépendance du processus démocratique à la vigilance des candidats et des citoyens, au point de faire vaciller la crédibilité des organes chargés d’en garantir l’intégrité.

Un démenti cinglant aux premiers chiffres officiels

Au matin du 29 septembre, la CNOCER – sous la houlette du ministre de l’Intérieur – annonçait pour le 2ᵉ arrondissement d’Akanda un taux de participation famélique de 16,88 %, créditant Ntoutoume Ayi de 870 voix derrière Franck Joseph Fernand Nguema (879 voix). Quelques heures plus tard, après une conférence de presse explosive du candidat de l’Union Nationale, brandissant les procès-verbaux de l’ensemble des 54 bureaux de vote et parlant de «falsification ignoble», la même autorité électorale, présentant une «lecture de la seconde partie de ces résultats», a dévoilé une nouvelle mouture des résultats : 7 665 suffrages exprimés, un taux de participation relevé à 31,07 % et surtout 1 622 voix pour Ntoutoume Ayi, désormais formellement qualifié en ballotage favorable pour le second tour face à Pascal Franck Nzé Ndong (1 699 voix).

Cet écart spectaculaire – près du doublement des votants et un bond de 752 voix pour le principal contestataire – ne saurait être réduit à une simple «erreur de compilation». Il signe, au contraire, l’aveu implicite que les chiffres initiaux étaient, au mieux, bâclés, au pire, volontairement manipulés. La chronologie elle-même est troublante : sans la pression publique exercée par Ntoutoume Ayi, soutenu par des preuves matérielles, rien n’indique que la rectification aurait eu lieu.

La CNOCER face au soupçon structurel

Ce revirement met à nu une double faillite. D’abord, celle de la Commission nationale d’organisation et de coordination des élections et du référendum, qui, censée garantir l’intégrité du scrutin, a validé des résultats provisoires manifestement erronés. Ensuite, celle du ministère de l’Intérieur, vraisemblablement juge et partie, incapable d’expliquer la brusque métamorphose des chiffres. Comment exiger des électeurs qu’ils aient confiance dans un processus où la vérité des urnes dépend plus de la vigilance des candidats que de la rigueur des institutions ?

L’affaire d’Akanda illustre une réalité plus large : la démocratie gabonaise demeure sous perfusion de courage individuel plutôt que protégée par des garde-fous institutionnels. En rappelant le coup d’État de 2023, Ntoutoume Ayi a frappé juste : persister dans ces errements, c’est entretenir le cycle d’instabilité. La CNOCER et le ministère de l’Intérieur, désormais ‘discrédités’, devront plus que jamais démontrer qu’ils sont les gardiens de la souveraineté populaire, et non les scribes complaisants d’un théâtre électoral.