Commerce mondial : dette, droits de douane et méfiance, les trois menaces qui pèsent sur les pays en développement | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |
Alors que l’économie mondiale traverse une zone de turbulences, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) tire la sonnette d’alarme. Réunie en session plénière à Genève du 20 au 23 octobre, l’agence onusienne dénonce un triple fléau — dette record, montée des barrières tarifaires et méfiance croissante — qui menace les fondations du commerce international et freine le développement des pays les plus vulnérables.
Pour la CNUCED, la dette record, la montée des barrières tarifaires et la méfiance croissante menacent les fondations du commerce international et freine le développement des pays les plus vulnérables. © GabonReview
Face aux 195 États membres, dont le Gabon, réunis depuis lundi dans la cité helvétique, la secrétaire générale de la CNUCED, Rebeca Grynspan, a rappelé que «72 % du commerce mondial s’effectue encore dans le cadre des règles de l’Organisation mondiale du commerce». Mais ce socle multilatéral vacille : depuis 2019, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est paralysée par le blocage américain du renouvellement des juges de son organe de règlement des différends.
À cette crise institutionnelle s’ajoute une escalade tarifaire préoccupante. Washington a relevé ses droits de douane envers plusieurs partenaires commerciaux, ravivant le spectre des années 1930. «Nous avons jusqu’à présent évité l’effet domino d’une escalade tarifaire qui avait, dans les années 1930, mis à genoux l’économie mondiale. Cela ne s’est pas produit par hasard, mais grâce à vous : parce que vous avez continué à négocier quand cela paraissait inutile, à défendre un système fondé sur des règles tout en cherchant à le réformer, et à bâtir des ponts même lorsqu’ils s’effondrent», a salué Mme Grynspan.
Des choix impossibles pour les pays pauvres
Pour la cheffe de la CNUCED, les pays en développement sont confrontés à des dilemmes insoutenables : «Une crise de la dette et du développement est toujours à l’œuvre, confrontant les pays à des choix impossibles. Ils doivent décider : faire défaut sur leur dette ou sur leur développement».
Les chiffres sont sans appel : les tarifs douaniers imposés par les grandes puissances ont bondi cette année de 2,8 % à plus de 20 %. «L’incertitude est le tarif le plus élevé qui soit», a estimé Mme Grynspan. Elle «dissuade l’investissement, ralentit la croissance et rend le commerce comme voie vers le développement beaucoup plus difficile».
Investissements en recul, fracture numérique persistante
Autre signal d’alerte : les flux mondiaux d’investissement se contractent pour la deuxième année consécutive. «La croissance de demain » est compromise, selon la CNUCED, qui déplore un système favorisant les projets dans les économies riches. « Un dollar américain est trois fois plus cher en Zambie qu’à Zurich», a illustré Mme Grynspan.
Les coûts de transport aggravent ces inégalités : les pays enclavés et les petits États insulaires paient jusqu’à trois fois plus que la moyenne mondiale. Et si l’intelligence artificielle promet une nouvelle ère de prospérité, moins d’un pays en développement sur trois dispose d’une stratégie pour en tirer parti, tandis que 2,6 milliards de personnes — majoritairement des femmes — restent privées d’accès à Internet.
Une dette devenue insoutenable
Depuis New York, la présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, Annalena Baerbock, a appuyé ce constat alarmant. Elle a rappelé que la dette publique des pays en développement a atteint 31 000 milliards de dollars l’an dernier. «Au lieu d’investir dans l’avenir de leurs populations — en construisant davantage d’écoles ou en élargissant les services de santé —, de nombreux gouvernements consacrent des fonds précieux au service de la dette», a-t-elle déploré.
Pour Mme Baerbock, l’érosion de la confiance dans le commerce international est alimentée par un système à double vitesse. Bien que l’économie mondiale pèse plus de 100 000 milliards de dollars par an, une personne sur deux «a vu ses revenus stagner ou diminuer depuis une génération».
