Procès de la Young Team : le Gabon face au défi d’une rupture avec l’impunité d’État | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |
Les révélations du procès des détournements de fonds publics sous l’ère de la Young Team, évalués à plusieurs milliers de milliards de francs CFA, secouent l’opinion nationale. Si pour beaucoup ces chiffres confirment des pratiques longtemps dénoncées, une question cruciale demeure : le nouveau pouvoir, composé en partie d’anciens cadres de l’ancien régime, saura-t-il instaurer les garde-fous nécessaires pour éviter la répétition d’un tel pillage des ressources publiques ?
Les membres de la Young-Team face à la justice. © D.R.
Pour nombre de Gabonais, les montants colossaux évoqués au procès de l’ex-première dame Sylvia Bongo Ondimba, de son fils Noureddin Bongo Valentin qui se poursuit avec leurs coaccusés ne relèvent plus de la surprise, mais de la confirmation d’un système où la prédation des deniers publics tenait lieu de gouvernance. Pendant des décennies, les accusations de corruption, de favoritisme et d’enrichissement illicite se sont multipliées sans que la justice n’y apporte de réponse. Aujourd’hui, la révélation de ces chiffres astronomiques met à nu l’ampleur d’un détournement systémique, organisé et entretenu au sommet de l’État.
Mais si la responsabilité de douze personnalités est désormais engagée, la question de fond reste entière : comment douze individus seulement ont-ils pu détourner à eux seuls autant d’argent public sans le concours, la complicité ou le silence d’un appareil administratif et politique tout entier ? La question vaut son pesant d’or, car la réussite de ce genre d’opérations illicites renvoie à une association de malfaiteurs. Personne ne saurait croire, en effet, qu’il n’y a pas eu des complices hautement perchés dans l’appareil étatique. La justice est donc attendue pour mettre à découvert toutes les complicités ayant contribué indûment au décaissement des fonds détournés, à leur recyclage et à la fabrication du fameux cachet reproduisant la signature d’Ali Bongo.
L’interrogation va plus loin encore : le nouveau pouvoir, dont plusieurs figures ont servi dans les cercles de décision du régime déchu, est-il réellement en mesure de rompre avec ces pratiques ? C’est cette inquiétude que partage le député de la transition Jean-Valentin Leyama, qui, sur son compte Facebook, rappelle avec lucidité : « Une chose est de condamner la gestion et l’enrichissement insolent d’Ali Bongo, de son épouse et de son fils, mais quelles mesures a-t-on prévues pour qu’aucun autre chef d’État et sa famille ne fassent main basse sur les finances publiques du pays ? » Ce propos, largement relayé, traduit le sentiment d’une opinion publique méfiante face à une transition qui promet la rupture, mais dont les visages rappellent souvent le passé.
Au-delà de la justice rendue contre quelques figures emblématiques, l’enjeu désormais est institutionnel. La question n’est pas seulement de sanctionner les fautes commises, mais de refonder les mécanismes de gestion et de contrôle des finances publiques : transparence budgétaire, renforcement du rôle des organes de contrôle, déclaration systématique du patrimoine des dirigeants, et surtout, indépendance réelle de la justice. Sans ces réformes structurelles, le risque est grand de voir l’histoire se poursuivre avec d’autres acteurs, sous d’autres visages.
En définitive, le procès des détournements de l’ère de la Young Team ne doit pas être l’épilogue d’un scandale ancien, mais le point de départ d’une nouvelle culture de reddition des comptes. Si le Gabon veut tourner la page d’un demi-siècle d’opacité et de captation des richesses nationales, il devra prouver que la justice et la gouvernance publique ne sont plus au service d’un clan, d’une bande d’amis, mais de la Nation.
