Port-Gentil : la bataille juridique qui menace l’élection du nouveau maire | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

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À Port-Gentil, l’élection municipale du 9 novembre a déclenché une tempête politico-juridique. Le recours au vote à main levée pour désigner le nouveau maire, Pascal Houangni Ambourouet, et ses adjoints est contesté pour «violation flagrante» de la loi. Un recours interne exige désormais l’annulation du scrutin, faisant planer une incertitude sur l’installation officielle prévue le 22 novembre.

Pascal Houangni Ambourouet (costume sombre, au centre) et ses adjoints sont désormais au centre d’une bataille juridique qui pourrait invalider leur élection. © D.R.

 

Les élections municipales qui se sont tenues le dimanche 9 novembre dernier sur l’ensemble du territoire national, dans les villes dotées d’arrondissements, ont engendré un climat de tension notable à Port-Gentil. Dans la capitale économique gabonaise, l’élection du maire ainsi que de ses adjoints s’est effectuée à main levée, une méthode qui suscite aujourd’hui une controverse significative, sa conformité aux dispositions réglementaires en vigueur faisant désormais l’objet d’un débat intense aux enjeux politiques importants.

La saisine faisant foi de la contestation de Jean Philippe Douckagha de l’UDB (en haut). © D.R.

Au centre de cette contestation se trouve Jean-Philippe Douckagha, conseiller municipal de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), parti dont est pourtant issu le nouveau maire. Dans un recours daté du vendredi 14 novembre et adressé au gouverneur de l’Ogooué-Maritime, il dénonce avec force une «violation flagrante» de la loi.

Jean-Philippe Douckagha affirme que le vote à main levée, utilisé pour élire Pascal Houangni Ambourouet et ses adjoints, contrevient gravement aux garanties légales de confidentialité et de liberté du vote. En effet, la loi organique n°001/2014 du 14 juin 2015 relative à la décentralisation, en son article 30, impose explicitement un scrutin secret et uninominal, exigence de nouveau consacrée dans le Code électoral issu de la loi organique n°001/202 du 19 janvier 2025.

Pour Jean-Philippe Douckagha, cette procédure constitue «une irrégularité majeure qui remet fondamentalement en cause la validité même de l’élection». Il exige en conséquence «l’annulation pure et simple» du scrutin ayant porté Pascal Houangni Ambourouet à la tête de l’exécutif municipal, ainsi que celle de ses adjoints : Hurbain Makoumbi, Ingrid Marina Swagath Leyoumbi, Tony Mboumi et Aboubakar Ngouwa Mayaki.

Des tensions internes et un calendrier maintenu

L’affaire revêt une portée symbolique forte : elle éclate au sein même de la formation politique majoritaire, révélant des fissures internes profondes autour du respect des règles électorales et de la gouvernance locale.

Selon plusieurs sources siégeant au conseil municipal, le choix du vote à main levée aurait été motivé par la volonté de «gagner du temps», malgré les réserves exprimées avant le scrutin. Une justification qui ne repose sur aucun fondement juridique conforme aux textes en vigueur.

Dans l’attente de la réponse du gouverneur et, potentiellement, d’une saisine de la juridiction administrative, la mairie de Port-Gentil maintient son calendrier. L’installation officielle du maire et de son bureau municipal est programmée pour le 22 novembre, soulevant de vives interrogations quant à la tenue de cette cérémonie alors qu’un recours en annulation est toujours pendante.

Vers un précédent juridique pour les élections locales ?

En attendant l’issue de la procédure, le conflit interne soulève de véritables inquiétudes quant à la stabilité du nouveau conseil municipal. Entre un strict respect de la loi et les réalités politiques du terrain, l’affaire met crûment en lumière les lacunes récurrentes de l’application des procédures électorales à l’échelle décentralisée.

Déjà habituée aux joutes politiques intenses, Port-Gentil se retrouve une fois encore au cœur d’un épisode susceptible d’établir un précédent majeur pour la gestion des élections locales au Gabon.