«Procès de la honte» : Bilie-By-Nze étrille une justice “à la dictée” | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |
Le procès fleuve ayant conduit à la condamnation par contumace de Sylvia Bongo Ondimba et de son fils Noureddin Bongo Valentin continue de provoquer des secousses politiques. Alors que la transition gabonaise présente ce verdict comme une démonstration de rupture avec «l’ancien système», Alain-Claude Bilie-By-Nze, dans son podcast «Tout se dire», livre une charge frontale contre ce qu’il décrit comme un simulacre judiciaire.
«Sur la question pénale, c’est la preuve. Ce n’est pas les témoignages», dixit Alain-Claude Bilie-By-Nze dans son podcast n°24. © GabonReview
Pendant que la transition martèle sa volonté de «restauration» et d’assainissement moral, l’ancien Premier ministre oppose une lecture radicalement différente : celle d’un procès expéditif, mené «à la dictée», où l’absence de preuves tangibles et la mise en scène politique auraient prévalu sur la recherche de la vérité. Pour Bilie-By-Nze, loin de constituer un tournant historique vers la justice, cette procédure incarne «une humiliation nationale» et un précédent dangereux pour l’État de droit.
«Un procès qui sera étudié comme une honte pour le pays»
Dès l’entame, l’ancien Premier ministre place le curseur très haut : «Le message est clair, le peuple n’y croit plus». Et d’ajouter, en contre-pied cinglant : «Le président de la télévision avait indiqué que son coup d’État allait être étudié dans les grandes universités occidentales. Mais en fait, c’est ce procès qui sera étudié, comme une honte pour le pays.»
Au cœur de sa critique : l’ampleur des accusations (puits pétroliers, milliards de francs détournés) et l’indigence, selon lui, de l’instruction. Bilie-By-Nze s’interroge : si des puits pétroliers appartiennent à Sylvia Bongo, «qui d’autre au Gabon détient des puits pétroliers ? Ils sont combien ? C’est qui exactement ? Et pour quelles raisons ?» Avant de pointer une enquête restée strictement domestique : «On ne peut pas juger un tel dossier uniquement avec des magistrats gabonais, sans aucune commission rogatoire à l’étranger… Ça veut dire qu’on n’a pas voulu, et qu’on a choisi de faire une justice expéditive, avec un procès dont la vérité semblait connue d’avance.»
Il juge impossible qu’«3 000 pièces d’un dossier» aient été examinées «en moins de 48 heures» et résume : «On nous a raconté des histoires, et ce procès, c’est à la dictée.»
«Stratégie du bouc émissaire» et appel à une Commission Vérité
Bilie-By-Nze va plus loin en accusant le parquet de reconnaître lui-même la nature politique de la procédure :«Le procureur nous indique que d’autres personnes avaient été emprisonnées avant et que Sylvia Bongo et Noureddin n’avaient pas réagi. Il a donc reconnu que la justice est aux ordres. Elle l’a été hier, elle l’est aujourd’hui. D’où une question lourde : «Faut-il qu’elle le soit encore demain ?»
Pour lui, en matière pénale, ce qu’il faut brandir «c’est la preuve. Ce n’est pas les témoignages». Or, «les témoignages peuvent être arrachés sous la torture» ou «marchandés» ; «ces témoignages-là ne valent rien. Il fallait des preuves. Et là, de preuves, il n’y en a pas eu.»
L’ancien Premier ministre dénonce enfin une «stratégie du bouc émissaire» : «On en juge deux, on les condamne et pour le reste on oublie. Et les détournements peuvent se poursuivre. Les Gabonais peuvent continuer à ne pas avoir de route, à ne pas avoir d’hôpital, à ne pas avoir d’école, à ne pas avoir d’emploi.»
Bilie-By-Nze s’attarde également sur ce qu’il décrit comme une aberration juridique majeure : la confiscation «des maisons de M. Ali Bongo alors qu’il n’est pas poursuivi dans ce dossier». Pour lui, cette décision démontre l’illisibilité et l’incohérence de la procédure. Il y voit «des contradictions flagrantes», estimant qu’aucune justice crédible ne peut saisir et redistribuer des biens appartenant à une personne non inculpée, non entendue et non jugée. Un tel précédent, insiste-t-il, témoigne d’une justice instrumentalisée, qui sélectionne ses cibles et bafoue les principes élémentaires du droit.
En conclusion, Bilie-By-Nze appelle à un changement de cadre : «Nous devons mettre en place la Commission Vérité, Justice et Réconciliation pour réparer notre pays, pour réparer notre lien social, pour réparer la confiance entre les Gabonais et les dirigeants.» Avant de prévenir : «On est sur le chemin du dérèglement total. On est sur le chemin de la perdition. Ressaisissons-nous.»
