Gabon : l’alerte rouge du FMI qui secoue l’Afrique centrale | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

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Provoquant un défi lancé au pouvoir par Bilie-By-Nze, un article explosif publié par Africa Intelligence ce 19 novembre a eu l’effet d’un séisme à Libreville : le Gabon, étranglé par une dette équivalente à «80 % de son PIB», met en péril l’équilibre économique de toute la CEMAC et expose la zone franc CFA à une crise majeure. Déficit en devises, réserves en chute libre, fuite en avant budgétaire et malaise ouvert au sein du FMI : la trajectoire financière du pays soulève désormais une inquiétude régionale et un doute brutal sur la gouvernance économique en place.

Construire des infrastructures à marche forcée lorsque les réserves s’effondrent, la dette explose et la confiance internationale se fissure, ressemble moins à une stratégie qu’à un pari dangereux, estime Africa Intelligence. © GabonReview

 

Une révélation d’Africa Intelligence, publiée le 19 novembre 2025, a provoqué une onde de choc en Afrique centrale et fait trembler la zone franc CFA. Le média affirme que «l’endettement du Gabon, à hauteur de 80 % de son PIB – les critères communautaires imposent une limite fixée à 70 %», menace l’équilibre économique de la CEMAC et «le soutien du FMI au Tchad et à la Centrafrique». En clair, la situation financière du Gabon n’est plus un problème interne, elle met désormais en péril ses voisins.

Une économie au bord de la rupture ?

Le constat dressé par Africa Intelligence est brutal : le Gabon est aujourd’hui «le seul pays de la zone à enregistrer un déficit net en devises, à hauteur de 150 milliards FCFA». Une faiblesse ayant poussé la BEAC à se rapprocher dangereusement du seuil critique : «la couverture des importations tombe à quatre mois et demi», alors que le minimum fixé pour protéger la monnaie commune est de six mois.

Cette situation a été aggravée par «le rachat de son eurobond en 2025 pour 315 millions de dollars», qui a asséché davantage les réserves disponibles. Plus simplement, le pays vit désormais avec moins de devises qu’il n’en faut pour financer ses importations essentielles.

Plus choquant encore, au moment même où les signaux d’alarme clignotaient, «le ministre gabonais des finances, Henri-Claude Oyima, n’a pas jugé utile de se déplacer» aux assemblées du FMI et de la Banque mondiale à Washington, «provoquant le mécontentement» des autres ministres des finances de la CEMAC. Un geste interprété comme du mépris ou une inquiétante déconnexion.

Une fuite en avant budgétaire

Au lieu de resserrer les dépenses, le pouvoir gabonais accélère. Selon Africa Intelligence, et c’est bien connu des Gabonais, «le budget 2026 est fixé à 7 233 milliards de FCFA, en hausse de 72 %». Cette croissance spectaculaire sert à financer des chantiers colossaux (routes, ponts, ouvrages publics) que le gouvernement présente comme le moteur de la croissance future. L’article précise que le financement de ces chantiers repose sur l’hypothèse d’«une hausse des recettes fiscales, notamment minières, et l’ouverture aux financements privés et aux prêts concessionnels».

Mais le cœur de la polémique est qu’à vouloir jouer les champions du béton, le Gabon prend le risque de construire des cathédrales sur du sable. Construire des infrastructures à marche forcée lorsque les réserves s’effondrent, lorsque la dette explose et lorsque la confiance internationale se fissure, ressemble moins à une stratégie qu’à un pari dangereux. Le béton ne remplace pas la stabilité financière, et l’optimisme ne remplace pas la trésorerie.

Un risque régional majeur

Le FMI «envisage désormais d’interrompre» ses financements prévus pour le Tchad et la Centrafrique, deux pays déjà fragiles et dépendants d’aides extérieures vitales. Si cette décision tombe, c’est toute l’Afrique centrale qui entrera en turbulence.

Le Gabon joue ainsi un pari périlleux. Alors que la dette explose et que les réserves en devises s’effondrent, la stratégie budgétaire du pouvoir ressemble moins à une planification qu’à une fuite en avant. À vouloir jouer les champions du béton, le pays risque de bâtir des cathédrales sur du sable.

La polémique a pris une nouvelle dimension lorsque Alain-Claude Bilie-By-Nze, réagissant à la publication d’Africa Intelligence, a interpellé le gouvernement sur X : «Que le gouvernement vienne contredire publiquement ces informations préoccupantes, qui démontrent une gouvernance aléatoire, dont les dérives budgétaires menacent tout l’espace CEMAC.»

Derrière ces mots, une question qui n’appartient plus aux seuls experts : le Gabon construit-il son avenir ou prépare-t-il une chute collective ? Tout va se jouer sur un seul pilier : la confiance. Si elle se fissure, la facture ne sera pas nationale, mais régionale.