Fiscalité foncière : le Gabon engage une réforme pour dynamiser ses recettes locales | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |
Réunissant experts nationaux et internationaux, un séminaire organisé à Libreville par la Direction générale des impôts et la Banque mondiale vise à repenser en profondeur la fiscalité foncière. Objectif : moderniser le cadastre, améliorer la collecte et exploiter pleinement un potentiel fiscal estimé à près de 100 milliards de francs CFA par an, encore largement sous-mobilisé.
Un séminaire national pour repenser la fiscalité foncière et renforcer la mobilisation des recettes publiques, le 3 décembre 2025 à Libreville. © GabonReview
La Direction générale des impôts (DGI) a ouvert, du 3 au 4 décembre à Libreville, un séminaire national entièrement consacré à la fiscalité foncière. Placée sous le thème «Regards croisés sur la fiscalité foncière : Défis et perspectives», cette rencontre vise à bâtir un espace de dialogue entre administrations, experts nationaux et partenaires techniques afin de redéfinir les leviers qui permettront au Gabon d’améliorer durablement la mobilisation de ses recettes internes.
Pour la DGI, le foncier représente un pilier majeur de la politique fiscale. «Pour nous c’est une occasion unique de partager nos expériences et de voir comment réformer le foncier au Gabon. C’est une attente forte de nos autorités», a affirmé Éric Boumah, directeur général des impôts. Selon lui, le potentiel de recettes que représente l’impôt foncier est considérable. «En termes de chiffres, le foncier au Gabon c’est plus de 50 milliards de francs CFA chaque année. Pourtant, la collecte reste en deçà de ce que nous souhaitons», a-t-il expliqué, soulignant les difficultés rencontrées dans le recouvrement de cet impôt. La DGI prévoit d’ailleurs un renforcement général des mécanismes de collecte : «Pour 2026, toute personne exerçant doit payer son impôt», a-t-il insisté.
Organisé avec le soutien technique et financier de la Banque mondiale dans le cadre du Programme global sur les taxes (GTP), ce séminaire réunit 15 experts venus de neuf pays africains, francophones et anglophones. L’objectif : confronter les expériences, présenter des innovations et identifier des pistes d’amélioration adaptées au contexte gabonais. La représentante résidente de la Banque mondiale, Aissatou Diallo, a d’ailleurs rappelé l’ampleur des marges de progression. «Le potentiel de la fiscalité foncière est évalué à près de 100 milliards de FCFA par an. Cependant, moins de 25 % seulement sont collectés», a-t-elle indiqué. Pour la Banque mondiale, plusieurs facteurs expliquent ce faible rendement : une couverture cadastrale insuffisante, l’obsolescence de certaines données et une maîtrise parfois limitée des dispositifs fiscaux.
L’impôt foncier reste marginal dans les recettes fiscales
Un instant des travaux. © GabonReview
La question foncière constitue également un enjeu pour les politiques publiques locales. Le secrétaire général du ministère de l’Économie, Guy Nazair Samba, en ouvrant les travaux, a rappelé que l’impôt foncier reste marginal dans la structure des recettes fiscales du pays en raison, notamment, de l’absence d’une véritable politique d’urbanisation et du manque de capacités techniques. Il souligne la nécessité de réformes ambitieuses : «Il s’agit de mettre à jour les bases cadastrales, d’actualiser le fichier foncier, de digitaliser les procédures et de mener un recensement rigoureux des propriétés bâties et non bâties. La maîtrise de ces paramètres conditionne le rendement de l’impôt foncier et sa contribution à la politique de décentralisation».
Durant deux jours, les participants vont dresser un état des lieux détaillé du système actuel, examiner les blocages juridiques, techniques et opérationnels, et proposer une feuille de route pragmatique destinée à rendre la fiscalité foncière plus performante. L’ambition affichée est claire : redynamiser une filière fiscale essentielle pour renforcer la transparence, améliorer la redevabilité publique et soutenir durablement le développement économique et social.
Les conclusions de ce séminaire devraient contribuer à doter le Gabon d’outils modernisés, à accroître la mobilisation des recettes foncières et à consolider le financement des collectivités locales. Une étape supplémentaire pour un pays déterminé à placer la réforme fiscale au cœur de sa stratégie de développement.
