Rapport de la Cour des comptes : Bilie-By-Nze dénonce une «catastrophe» et un «mensonge d’État» | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |
L’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze livre une analyse cinglante du rapport 2024 de la Cour des comptes, accusant le gouvernement de manipulation comptable et de trahison des promesses de transparence.
Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre et président d’Ensemble Pour le Gabon : «Un État qui truque ses chiffres prépare l’effondrement». © D.R.
Dans une note d’analyse parvenue à la rédaction de GabonReview, Alain-Claude Bilie-By-Nze, aujourd’hui principal opposant au régime de transition, déconstruit méthodiquement le rapport de la Cour des comptes sur l’exécution du budget 2024. Son verdict est sans appel : derrière les apparences d’une gestion maîtrisée se cache une «catastrophe» budgétaire et une manipulation systématique des chiffres.
L’excédent budgétaire ? Une illusion selon Bilie-By-Nze
«Le gouvernement se félicite d’un excédent budgétaire de 564,68 milliards FCFA. C’est un mensonge d’État !», affirme avec force l’ancien chef du gouvernement. La Cour des comptes rappelle en effet que cet excédent devient «virtuellement un déficit» si l’on intègre le déficit des opérations de trésorerie (-264,34 milliards) et les restes à payer (-336,75 milliards). Autrement dit, le gouvernement annonce qu’il a de l’argent en plus, mais si on compte vraiment tout ce qui doit être payé, il est en fait en déficit. «L’excédent affiché par le pouvoir est un habillage comptable, une illusion destinée à rassurer l’opinion et les partenaires internationaux», martèle Bilie-By-Nze.
Son analyse relève également d’énormes différences entre les documents officiels. Le Compte Général de l’État indique 2 806,59 milliards FCFA de recettes, alors que le Projet de Loi de Règlement n’en mentionne que 2 648,67 milliards. «La Cour note une divergence de 158 milliards FCFA (page 11). Soit il s’agit d’une erreur grave, soit c’est une tentative de maquillage», dénonce l’ancien Premier ministre, qui y voit «un signe clair d’opacité et de falsification potentielle des comptes publics».
Des dépenses hors la loi au détriment des services de base
Encore plus grave, indique-t-il, le budget a été dépensé de manière illégale dans plusieurs domaines. Les salaires ont augmenté de 19,9 milliards de plus que prévu, avec des «primes et indemnités» qui explosent à plus de 360%. La dette extérieure dépasse de 146% ce que le Parlement avait autorisé. Certaines dépenses atteignent des niveaux incroyables : «Certaines dépenses de transferts explosent à des niveaux jamais vus : jusqu’à 7 192 % pour le programme 311 «préparation et emploi des forces» (exécutées pour un montant de 1,52 milliard de francs CFA, sur une prévision de 21,15 millions de francs CFA)», tandis que la Défense et la Sécurité ont dépensé 242,1% de ce qui était autorisé.
Ce qu’ Alain-Claude Bilie-By-Nze qualifie de mauvaise gestion se fait, selon lui, au détriment des services de base pour les citoyens. «Le pays se prive d’eau, d’électricité et de soins pour financer les privilèges du pouvoir», critique-t-il sévèrement. Les chiffres sont clairs : l’argent prévu pour l’eau et l’électricité n’a pas été dépensé du tout (0%), celui pour le téléphone et Internet non plus (0%), et pour les écoles, moins d’un tiers seulement a été utilisé (32,8%). Pendant ce temps, le gouvernement a dépensé presque le double de ce qui était autorisé pour les bâtiments administratifs (185%) et les institutions (178,9%), relève Bilie-By-Nze.
«Après deux ans et demi d’exercice de pouvoir sans partage et sans contrôle, les chiffres du rapport de la Cour des comptes révèlent que le pouvoir trompe le peuple, manipule les chiffres, et maquille les comptes publics», conclut l’ancien Premier ministre. Pour lui, «la promesse de rupture n’était qu’un slogan» et «un État qui truque ses chiffres est un État qui prépare l’effondrement».
Le président d’Ensemble Pour le Gabon (EPG) demande maintenant une vraie transparence sur le budget, en réclamant la publication de vrais comptes et le respect des autorisations du Parlement. L’appel est un défi lancé au gouvernement d’Oligui Nguema, qui doit maintenant prouver par des actions concrètes ses promesses démocratiques.
