Gabon : La « République du Like » a tranché, les têtes d’Aubameyang et Ecuele Manga tombent | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

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Suite à la débâcle du Gabon à la CAN 2025, le gouvernement a annoncé le 1er janvier la dissolution du staff technique et la mise à l’écart de ses deux piliers historiques. Entre populisme numérique et gestion émotionnelle, Libreville semble désormais piloter le sport national au baromètre des réseaux sociaux. Analyse d’une dérive où l’État se fait l’écho des colères virtuelles.

La « République du Like » a tranché, les têtes d’Aubameyang et Ecuele Manga tombent. © D.R.

 

C’est une sentence tombée tel un couperet, dans le fracas d’un lendemain de fête difficile. Par un communiqué officiel daté du 1er janvier 2026, le ministère de la Jeunesse et des Sports a décidé de passer le balai. Le constat est sans appel : une «prestation déshonorante» lors de la CAN au Maroc. Mais derrière les mots, c’est une méthode de gouvernance qui interroge.

Qui décide aujourd’hui à Libreville ? Le Palais ou les influenceurs de Facebook ? En visant nommément Bruno Ecuele Manga et Pierre-Emerick Aubameyang, le gouvernement ne rend pas une décision technique, il offre un sacrifice sur l’autel du numérique.

Considérant les «effets multiformes aux antipodes des valeurs d’éthique», le pouvoir semble avoir confondu le Palais des Sports avec un tribunal populaire de TikTok. En voulant satisfaire l’immédiateté des «posts» incendiaires, l’État abdique sa fonction première : la hauteur de vue. Plutôt que d’analyser l’échec structurel d’une préparation ratée, on choisit de nourrir la meute avec les noms des cadres.

Les boucs émissaires du «temps court»

Le texte ministériel invite la Fédération gabonaise de football à «prendre toutes ses responsabilités». Un euphémisme pour masquer une réalité brutale : l’incapacité du système à se remettre en question. En érigeant deux serviteurs fidèles en symboles de la débâcle, le régime tente de camoufler les défaillances de sa propre politique sportive.

Gouverner, c’est pourtant résister à la clameur. Mais ici, le «baromètre des humeurs» semble avoir remplacé la rigueur de l’audit. Aubameyang et Ecuele Manga, malgré une CAN en demi-teinte, incarnent une loyauté que l’urgence émotionnelle vient d’effacer d’un trait de plume.

Le communiqué invoque les valeurs de la «Ve République». Or, l’exemplarité d’un État réside dans sa capacité à ne pas céder à l’instantanéité. En décidant au rythme des tendances numériques, le gouvernement fragilise l’institution sportive. Si l’émotion dicte la loi, quel sera le prochain secteur sacrifié au nom d’un «bad buzz» ?

La dissolution du staff est une chose, l’humiliation publique d’icônes nationales en est une autre. Triste spectacle que celui d’un État qui, faute de pouvoir réformer le fond, préfère gérer la forme par des sanctions spectaculaires. La passion ne fait pas une politique, et le clic ne fait pas le droit.