Première conférence internationale sur l’Iboga et l’Ibogaïne organisée au Gabon | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |
Le complexe hôtelier de la Sablière, à Akanda, est devenu, lundi 12 janvier 2026, le centre névralgique de la réflexion mondiale sur l’Iboga. Coorganisée par l’ONG Americans for Ibogaine et l’entrepreneur Stéphane Lasme, cette conférence qui réunit scientifiques, experts en politiques publiques et gardiens de la tradition vise à définir un cadre éthique, réglementaire et durable autour de cette plante dite sacrée.
Photo de famille, lors de la cérémonie d’ouverture de la conférence sur l’Iboga et l’ibogaïne, le 12 janvier 2026 à Akanda. © GabonReview
Co-initiée par l’organisation Americans for l’Ibogaine et l’entrepreneur gabonais, ancien basketteur de haut niveau, Stéphane Lasme, la toute première conférence internationale sur l’Iboga et Ibogaïne s’est ouverte ce lundi 12 janvier, devant une salle comble. L’événement ambitionne de rassembler des leaders d’opinion, des scientifiques et des acteurs de terrain venus de divers horizons afin de faire du Gabon l’épicentre du dialogue mondial sur cette ressource unique et de bâtir un cadre sécurisé pour son utilisation future. Dans sa prise de parole, Stéphane Lasme a rappelé avec émotion la nécessité d’une telle rencontre. «Le Gabon n’est pas seulement un pays riche par sa biodiversité et sa culture ; il est le berceau ancestral de l’Iboga, une plante sacrée dont la sagesse et la puissance thérapeutique sont transmises depuis des générations par les peuples et les traditions du Bwiti», a-t-il déclaré.
Pour le cofondateur, l’enjeu dépasse le simple cadre médical : il s’agit de préserver l’identité gabonaise. « Il ne s’agit pas seulement de développer une molécule ou une industrie, mais de bâtir un pont entre les savoirs ancestraux et la science moderne, ainsi qu’entre les communautés locales et la communauté internationale». Pour lui, l’ambition est de produire, étudier et partager l’Iboga de manière responsable et équitable. Cela implique donc une collaboration étroite entre les décideurs publics, les chefs traditionnels, les guérisseurs et les chercheurs. Chaque étape, de la culture à la recherche clinique, doit «honorer le caractère sacré de cette médecine et protéger les écosystèmes qui la rendent possible», a conclu Stéphane Lasme.
Concilier préservation écologique et enjeux thérapeutiques
Quelques moments de l’évènement. Le ministre de l’Environnement ouvrant la cérémonie, l’assistance et la plante Iboga présentée a l’assistance. © GabonReview
Ouvrant la cérémonie du lancement de la conférence internationale sur l’iboga, le ministre des Eaux et Forêts, de la préservation de l’Environnement, chargé du climat et du conflit Homme-Faune, Maurice Ntossui Allogo, a souligné que cet événement de deux jours vise à concilier la préservation et la valorisation des ressources naturelles du pays. Selon lui, la forêt gabonaise remplit trois fonctions vitales : «La première raison est que notre forêt nous nourrit. La deuxième est qu’elle nous protège et participe à la protection du monde entier. Enfin, la troisième raison est que notre forêt nous guérit et est prête à guérir le monde entier». De ce fait, cette vision intègre les dimensions diplomatiques, économiques, sociales et culturelles liées à la gestion de la biodiversité.
Dans la même lignée, le président de l’ONG Americans for l’Ibogaine, Bryan Hubbard, a mis en avant les vertus thérapeutiques de la plante. Aux États-Unis, l’Ibogaïne est de plus en plus étudiée pour traiter les addictions et certains troubles mentaux. «Notre rôle sera d’aider le gouvernement à encadrer l’utilisation de l’Iboga», a-t-il précisé, soulignant l’importance d’un transfert de compétences et de technologies. Des propos appuyés par l’ancien ministre, Paul Biyoghe Mba, qui a renchéri : «la clé utilisée lors des cérémonies traditionnelles, c’est souvent l’écorce. Or, c’est une plante qui a non seulement les feuilles, les racines, mais aussi le fruit. Donc, il faut regarder si l’on ne peut pas utiliser tous ces éléments d’une manière totalement scientifique et les commercialiser après avoir déterminé leur potentiel en termes de traitement sanitaire».
L’Iboga, entre science et spiritualité
Moment fort de la cérémonie, «l’invité d’honneur» a été présenté au public : l’Iboga lui-même, exposé dans toute sa splendeur, de la racine aux fruits. Cette présentation a permis à l’assistance de découvrir physiquement la plante au centre de tous les débats.
Les dignitaires et gardiens du rite entourant la plante n’ont pas manqué de rappeler son caractère sacré. Tout en acceptant l’ouverture vers la science, ils ont insisté sur la nécessité de respecter la portée spirituelle de l’Iboga, soulignant que la médecine ne peut être réduite à ses seuls principes actifs.
Thécia Nyomba
