Grève des enseignants : l’Assemblée nationale ouvre la voie à une sortie de crise négociée | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |
Reçus mercredi en audience exceptionnelle par le président de l’Assemblée nationale, les membres du collectif SOS Éducation «la Base» ont exposé les causes profondes de la grève qui paralyse le secteur éducatif gabonais depuis plusieurs semaines. Entre reconnaissance de la légitimité des revendications, appel au dialogue et promesses de suivi parlementaire, cette rencontre ouvre de nouvelles perspectives pour une sortie de crise encore incertaine.
Régis Onanga Ndiaye recevant les revendications des enseignants. © D.R.
Dans un contexte de tensions persistantes dans le secteur éducatif gabonais, les membres du collectif SOS Éducation «la Base» ont été reçus, le 4 février 2026, par le président de l’Assemblée nationale, Michel Régis Onanga Ndiaye, lors d’une audience exceptionnelle organisée au Palais Léon-Mba à Libreville. Cette rencontre, initiée malgré les vacances parlementaires en cours, visait à mieux cerner les origines de la crise sociale qui affecte l’école gabonaise depuis plus d’un mois.
Selon le compte-rendu de la réunion, l’initiative du président de l’Assemblée nationale répondait notamment à «l’impact national de la grève (élèves, parents, familles)» ainsi qu’à «la nécessité de comprendre les causes profondes de la crise et d’explorer des voies de sortie».
Une mobilisation exceptionnelle des enseignants
Initialement limitée à vingt représentants, la rencontre a finalement accueilli une cinquantaine d’enseignants, traduisant l’importance accordée par le collectif à cette audience institutionnelle. La délégation a profité de cette tribune pour retracer l’évolution du mouvement de grève enclenché depuis le dépôt du préavis le 5 décembre 2025.
Prenant la parole au nom du collectif, le porte-parole Hubert Boucka a rappelé, en citant Nelson Mandela, que l’éducation constitue un levier essentiel de développement. Il a ensuite dressé le bilan des négociations entamées avec le gouvernement, estimant que les réponses apportées restent insuffisantes, notamment en ce qui concerne la régularisation administrative des enseignants.
Les membres de SOS Éducation ont dénoncé un protocole jugé partiel, soulignant que l’engagement gouvernemental à régulariser 4 000 situations administratives sur un total estimé à 27 000 enseignants «ne représente que 14,81 % des cas».
Ils ont également déploré le manque de clarté entourant certaines revendications essentielles, notamment les intégrations supplémentaires, les rappels de soldes, les primes de logement et de transport ainsi que d’autres avantages statutaires. Selon eux, «l’absence de réponses claires et le mutisme du gouvernement concernant certaines revendications à court terme sont un facteur de durcissement de la grève».
Une crise reconnue au plus haut niveau parlementaire
Photo de famille à l’issue de la rencontre au Palais Léon-Mba. © D.R.
Face aux préoccupations exprimées, le président de l’Assemblée nationale a reconnu la légitimité du mouvement tout en rappelant les limites du rôle institutionnel du Parlement. Il a précisé que la rencontre n’avait pas vocation à constituer une séance de négociation, mais plutôt un cadre d’écoute et d’analyse des revendications.
Au terme des échanges, Michel Régis Onanga Ndiaye a qualifié la situation de «crise de confiance, d’écoute et de responsabilités collectives».
Souhaitant contribuer à l’apaisement des tensions, il a annoncé que le Parlement pourrait diligenter des enquêtes et auditionner les ministères concernés, notamment ceux de l’Éducation nationale, de la Fonction publique et du Budget, afin d’examiner la gestion des questions soulevées par les enseignants. Il a également promis d’assurer un rôle de relais entre le collectif et les autorités gouvernementales.
Vers une sortie de crise concertée
Dans une posture de médiation, le président de l’Assemblée nationale a affirmé ne pas vouloir contraindre les enseignants à reprendre les cours immédiatement. Il s’est engagé à «accompagner la sortie de crise» et à se porter garant du suivi des engagements pris par le gouvernement.
Il a par ailleurs invité les enseignants à formuler eux-mêmes des propositions concrètes pour résoudre le conflit. En réponse, SOS Éducation «la Base» a transmis un document détaillant ses priorités et pistes de sortie de crise, tout en réaffirmant son ouverture au dialogue avec les autorités.
Toutefois, le président de l’Assemblée nationale a indiqué que le chef de l’État serait disposé à rencontrer les enseignants dans un climat apaisé, notamment après une reprise effective des cours.
Une suite suspendue aux décisions des parties prenantes
Au terme de la rencontre, marquée par « un climat d’écoute mutuelle », les représentants du collectif ont été invités à retourner consulter leur base avant toute décision définitive.
Cette audience a permis d’acter plusieurs points majeurs : la reconnaissance officielle de la légitimité des revendications des enseignants, l’admission d’une crise de confiance entre les parties et l’engagement du Parlement à assurer un suivi actif du dossier.
La poursuite du dialogue et la résolution du conflit dépendront désormais des décisions du collectif, des réponses concrètes attendues du gouvernement et du rôle d’arbitrage que s’est engagé à jouer l’Assemblée nationale dans ce dossier sensible pour l’avenir du système éducatif gabonais.
