Action publique : coup de semonce de l’histoire | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

Action publique : coup de semonce de l’histoire | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

 

Moins de deux mois après la fin de la Transition, des décisions controversées s’accumulent. Les derniers développements de l’actualité sont une invitation à engager les réformes structurelles.

Les derniers développements de l’actualité sont une invitation à engager les réformes structurelles et consensuelles. © GabonReview / Dall-E (Intelligence artificielle)

 

On n’en a jamais véritablement dressé le bilan. Mais, un jour ou l’autre, il faudra bien s’y plier. Moins de deux mois après la fin de la Transition, le pouvoir donne des signes de fébrilité. Certaines de ses décisions sont jugées attentatoires aux libertés. D’autres inadaptées à la nouvelle Constitution. À la différence de la période post-Conférence nationale, l’après 30 août semble avoir eu un effet peu structurant. Ni le renforcement de l’État de droit ni la lutte contre l’impunité et la fraude sous toutes ses formes ni le combat contre les discriminations n’ont donné lieu à des mesures spécifiques. Le même constat vaut pour le développement humain, l’égalité des chances, la transmission intergénérationnelle, la productivité et l’autonomisation des populations, ayant à peine été effleurées. Quand certaines de ces thématiques furent évoquées, le débat se limita à l’écume des choses. Trop souvent, l’émotion prit le pas sur la raison. Les postures étouffèrent la réflexion. Les arrière-pensées prirent le dessus sur les objectifs avoués.

Arguments pour les contempteurs du régime

La portée de la Transition, son incidence sur l’action publique et son impact sur le déroulement du septennat en cours se trouvent ici questionnés. Candidat à la présidentielle du 12 avril 2025, Brice-Clotaire Oligui Nguéma avait présenté une offre politique en six piliers. Désormais président de la République, il lui revient de la mettre en œuvre. Comme il l’affirme dans son bréviaire de campagne, les «acquis de la Transition» constituent le socle de cette ambition. À chaque étape, sur chaque chantier, il doit dresser un état des lieux pour se projeter dans l’avenir. Avant d’agir, il doit évaluer l’incidence économique, la recevabilité sociale et la pertinence juridique de la mesure. En toute circonstance, il doit veiller au respect des lois. Or, il importe de le rappeler : muette sur certains sujets d’importance, la Transition ne fut pas toujours porteuse d’audace réformiste. Dans certains cas, elle a accouché de textes datés, aux effluves de naphtaline.

S’en tenir strictement au corpus juridique actuel peut offrir des arguments aux contempteurs du régime. Ne pas les dépasser, les revisiter ou les compléter l’exposerait au risque de légitimer les agissements du régime déchu. La suspension des réseaux sociaux en fait d’ailleurs la démonstration. En fondant sa décision sur une loi d’août 2016, la Haute autorité de la communication (Hac) a ravivé le souvenir d’une des périodes les plus sombres de notre histoire récente. Or, la Transition avait vocation à conjurer toute récidive. À cette fin, elle aurait dû se pencher sur l’élargissement de l’espace civique. Elle aurait pu adopter un nouveau Code de la communication, de nouvelles lois sur les associations et les réunions publiques. Au lieu de légiférer sur la cybersécurité, elle aurait pu élargir la réflexion à la régulation du numérique. Durant la réforme constitutionnelle, elle aurait également pu suggérer le rétablissement de la Hac au rang d’institution constitutionnelle, quitte à en étendre le mandat.

Des réformes structurelles et consensuelles

À bas bruit, l’apport de la Transition est questionné. Pourquoi ne pas l’avoir circonscrite aux piliers de la bonne gouvernance et du développement humain ? Pourquoi avoir préconisé un régime présidentiel pour aboutir, in fine, à une architecture institutionnelle aux contours incertains ? Pourquoi avoir consacré la démocratie participative sans proposer une réforme de la loi organique sur le Conseil économique social environnemental et culturel (Cesec) ni réfléchir à la modification de la procédure législative ou à l’élargissement de l’espace civique ? À la faveur des derniers développements de l’actualité, ces interrogations ont refait surface.

À en croire Brice-Clotaire Oligui Nguéma, l’action publique doit viser, entre autres, à « protéger les citoyens et favoriser un environnement économique stable« . Une telle ambition appelle nécessairement des réformes structurelles et consensuelles. Marqué par l’absence d’opposition structurée, le contexte politique offre paradoxalement une fenêtre d’opportunités. Encore faut-il le capitaliser. Pour transformer cette conjoncture en levier, le président de la République doit avoir à cœur d’aligner notre corpus juridique sur les standards internationaux les plus exigeants. Mieux encore, il doit mobiliser les forces sociales autour d’objectifs clairs. Pour cela, il lui faut parler le langage de la vérité. S’il a pu affirmer préférer la ruse à l’intelligence, il ne perdrait rien à rompre avec cette posture. Bien au contraire. La récente séquence historique doit être comprise comme un coup de semonce de l’histoire. À défaut, un risque demeurera : la remise en cause de l’œuvre entamée au lendemain du 30 août 2023.