Afrique économie – Au Gabon, des équations difficiles pour le nouveau ministre de l’Économie

Afrique économie - Au Gabon, des équations difficiles pour le nouveau ministre de l'Économie

Le président nouvellement élu Brice Clotaire Oligui Nguema a procédé à un remaniement ministériel le 1er janvier, marquant ainsi la fin de la période de la Transition. Parmi les nouveaux arrivants, Thierry Minko nommé au poste de ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la vie chère. De nombreux chantiers s’ouvrent pour cet ex haut cadre de l’administration : lutte contre le chômage et la vie chère, transparence de l’exécution budgétaire, financement du budget etc.

Priorité pour le nouveau ministre : apprécier la situation réelle de l’économie du pays, selon Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, député, vice-président de l’Union nationale, ancien directeur général de la dette du Gabon. « C’est maintenant qu’il faut apprécier d’abord la situation réelle de l’économie gabonaise. La transition n’a pas offert cette possibilité. C’est de faire l’état des lieux, sincère honnête et courageux. Parce que les finances du pays sont quand même dans un état critique », met en avant l’élu.

L’agence de notation Fitch qui a une nouvelle fois dégradé la note du Gabon en décembre – prévoit une augmentation substantielle de la dette publique du pays- elle dépasserait les 80% du PIB. Pour Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, des coupes impopulaires ne sont pas forcément nécessaires. « La crise des finances publiques au Gabon est-elle une crise de la dépense ou une crise de la recette ? Il faut d’abord qu’on réponde à cette question », interroge-t-il.  « Peut-être que mieux faire rentrer les impôts est une réponse. Il faut regarder clairement pourquoi est-ce que le taux de pression fiscale au Gabon est bon an mal an, entre douze et 13 % ? Donc je pense aussi qu’on a le droit de regarder et de dire est-ce que les contributions obligatoires qui doivent financer le budget de l’État sont suffisamment recouvrées ? C’est une question qu’on doit se poser », poursuit-il.

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« En améliorant d’abord, au moins au quotidien, le fonctionnement du ministère des Finances »

Trouver des marges de manœuvres, pas simple concède le professeur Gabriel Zomo Yebe qui a dirigé la Commission Économie du Dialogue national. « Cela reste une équation difficile », estime-t-il. Cependant, pour l’économiste, des réformes internes peuvent contribuer à améliorer la situation : « En améliorant d’abord, au moins au quotidien, le fonctionnement du ministère des Finances. Il faut savoir que lorsqu’il y a des queues de budget, ce n’est pas normal pour un pays. Les queues de budget, ça suppose que les budgets n’ont pas été exécutés à 100 % et qu’il est resté des crédits qui n’ont pas été utilisés. Or, lorsqu’un pays a beaucoup de projets, ça devient anormal et il va falloir regarder au niveau de la transparence budgétaire, au niveau de l’efficacité budgétaire et il faut améliorer tout ça pour que, en interne, on puisse d’abord optimiser les ressources que nous avons et mieux les utiliser, évidemment, en les orientant vers des projets qui sont rentables. »

Aujourd’hui lever des fonds à des taux intéressants est compliqué pour le Gabon. Son passif d’emprunt dans la région rend peu probable une nouvelle opération locale. Pour Cédric Jiongo, rédacteur en chef du média Ecomatin, spécialiste des questions économiques de la Cemac, un des leviers se trouve chez les bailleurs internationaux : « Pour le nouveau dirigeant, je pense que l’une des options c’est de conclure un accord avec le Fonds monétaire international. Mais comme l’a dit l’Agence Fitch dans son rapport, pour cela il faut des mesures de resserrement budgétaire concrètes. Et ce sont ces mesures que moi j’appelle des mesures impopulaires. » Des mécanismes d’échanges « dette-nature » déjà testés sont également possibles souligne l’analyste. Ce mécanisme permet d’annuler une portion de dette en contrepartie d’engagement à dépenser l’équivalent dans la protection de l’environnement.