Au révélateur de la grogne sociale : L’UDB en parti-fantôme | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

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Trois mois après son triomphe électoral, l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) n’apparaît toujours pas comme une force politique en devenir. Face à la détermination de SOS Éducation et aux risques d’extension à d’autres secteurs, il reste coi.

Pas de note d’orientation à l’adresse de sa base, pas de prise de parole publique. Rien, absolument rien, sur la grogne sociale en cours. L’influence de l’UDB sur la conduite de la politique de la nation semble marginale. © Facebook/udbgabon

 

L’heure du bilan n’a pas encore sonné. Mais, le temps de l’illusion semble toucher à sa fin. Six mois après sa création et trois mois après son triomphe électoral, l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) n’apparaît toujours pas comme une force politique en devenir, mais plutôt comme un objet associatif non identifié, incapable de donner un sens à sa victoire ou d’impulser une dynamique. Face à la détermination de SOS Éducation et aux risques d’extension à d’autres secteurs, il reste coi. Pas de note d’orientation à l’adresse de sa base, pas de prise de parole publique. Rien, absolument rien, sur cette grogne sociale. Assourdissant, ce mutisme nourrit le doute. L’UDB est-il ce «parti électoraliste» naguère dénoncé par Brice-Clotaire Oligui Nguéma ? Ou plutôt une boîte à idées, un instrument politique, un «parti qui (l’) accompagne» ? S’il est trop tôt pour trancher, il y a un évident hiatus entre les discours d’hier et la réalité d’aujourd’hui.

Sans vie militante et totalement hors-sol

Comme son ancrage dans la société, comme sa place sur l’échiquier politique, le rôle de l’UDB se trouve questionné. Dernier né des partis politiques représentatifs, il n’a pas encore pu construire des passerelles vers les corps intermédiaires, les organisations socio-professionnelles et le monde syndical. Parmi ses cadres dirigeants, peu disposent de relais effectifs ou peuvent se prévaloir d’une légitimité acquise dans les luttes sociales. Si certains de ses élus furent des figures de la société civile, leur aura a pâli depuis. A tort ou à raison, leurs amis les accusent d’avoir abjuré leur foi. C’est dire si leur intervention, officielle ou officieuse, pourrait se révéler contre-productive. La même réserve vaut pour certains membres du Conseil stratégique national : s’étant jadis illustrés par des pratiques blâmables, ils peuvent difficilement être mis à contribution.

A quoi sert l’UDB ? Peut-il apporter un appui au président de la République dans le cas présent ? La question mérite d’être posée. Surtout au regard de la spécificité de SOS éducation : n’étant ni un syndicat classique ni une structure hiérarchisée, cette plate-forme informelle est portée par sa base, organisée de manière horizontale. Profondément enracinée, une telle dynamique ne se désamorce ni par la répression ni par de douteux arrangements de couloir. Face à ce type d’entités, seule une réelle capacité d’écoute, de négociation et de réseautage peut permettre d’avancer. Or, malgré ses résultats électoraux, l’UDB ne peut se prévaloir ni d’un maillage social ni d’un maillage territorial. Au contraire : plus le temps passe, plus il apparaît comme un parti-fantôme, sans vie militante et totalement hors-sol.

Relais, médiateurs, forces capables de parler au pays réel

De toute évidence, l’UDB peine à trouver sa place dans le jeu politique. Si sa nomenklatura n’a de cesse de proclamer son soutien au président de la République, son influence sur la conduite de la politique de la nation semble marginale. En tout cas, elle ne se ressent pas et ne se perçoit pas. On peut en dire autant de sa capacité à orienter les débats ou à structurer l’opinion. Même au plus fort de la nauséabonde polémique sur les origines supposées d’un de ses vice-présidents, il n’avait pas jugé utile de se faire entendre. Où l’on se demande si ce parti peut animer le jeu politique ou servir d’intermédiaire entre les citoyens et les institutions. Où on en arrive à se demander s’il a une réelle base militante ou si ses investitures furent conduites sans vision d’ensemble ni perspective à moyen terme.

Avant la mise en place des nouvelles institutions, Brice-Clotaire Oligui Nguéma bénéficiait du soutien et de l’accompagnement d’une coalition certes informelle et hétéroclite, mais constituée de formations structurées, à l’histoire riche d’enseignements. Désormais, il s’appuie d’abord et avant tout sur l’UDB. Or, pour contenir une grogne sociale de portée nationale, il aura besoin de relais, de médiateurs, de forces capables de parler au pays réel. Pour les rassembler, il devra leur donner des raisons de se mobiliser. Or, certaines décisions récentes ont généré des frustrations, détruit les liens de confiance. Sauf à risquer l’enlisement, le président de la République ne peut se reposer uniquement sur un parti sans voix, sans ancrage et sans vie. Si rien ne change, l’UDB ne sera pas un levier, mais un handicap.