Auguste Moussirou Mouyama, la voix gabonaise des mots et des langues, s’est éteinte | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |
Il avait fait des mots sa demeure, la maladie a tenté de lui en voler les clés, en vain. Auguste Moussirou Mouyama, passeur de savoirs dans la sociolinguistique gabonaise, poète, romancier et infatigable défenseur des langues africaines, s’est éteint dans la nuit du 22 au 23 février 2026 à Arras, après quatre ans d’un combat silencieux et acharné contre Alzheimer. Il avait 67 ans. Retour sommaire sur un destin intellectuel exemplaire.
Auguste Moussirou Mouyama (1958-2026) : l’homme qui a passé sa vie à écouter ce que les langues disent des peuples. © GabonReview
Le Gabon perd l’un de ses fils les plus lumineux. Auguste Moussirou Mouyama, universitaire, sociolinguiste, romancier et poète, s’est éteint dans la nuit du 22 au 23 février 2026, à 3 heures du matin, à Arras, dans le Pas-de-Calais. Il avait 67 ans et luttait depuis près de quatre ans contre la maladie d’Alzheimer, affrontant avec une dignité rare l’effacement progressif de la mémoire, lui dont toute l’œuvre avait été une célébration du langage et de la pensée.
Un bâtisseur de la pensée africaine francophone
Derrière le sempiternel sourire, toute une vie à aimer les langues, les hommes et les idées. © Facebook
Né le 14 juillet 1958 à Mouila, Auguste Moussirou Mouyama a consacré sa vie à l’exploration des langues comme matrices identitaires et politiques. Maître de conférences HDR en linguistique à l’Université Omar Bongo de Libreville, il y a enseigné la sociolinguistique pendant de longues années, formant des générations d’étudiants à la pensée critique sur le langage et la société. Directeur de l’École normale supérieure de Libreville, il a aussi dirigé le Bureau Océan Indien de l’Agence universitaire de la Francophonie, portant la voix des intellectuels africains dans les grandes instances de la francophonie mondiale.
Ses travaux, dont «Situation de la langue française au Gabon» ou son roman «Parole de vivant», publié aux éditions L’Harmattan, témoignent d’une curiosité insatiable et d’un engagement profond envers son pays. À cela s’ajoute une œuvre poétique, notamment «Lettres à ma sœur», empreinte de sensibilité et de fraternité. Président de la Coalition gabonaise pour la diversité culturelle, il fut aussi un acteur de la société civile, plaidant inlassablement pour des politiques culturelles et linguistiques à la hauteur des identités gabonaises.
Jusqu’au bout, la flamme
Ce qui touche profondément dans le témoignage de ses proches, c’est l’acharnement silencieux avec lequel il a tenu à demeurer présent. Malgré trois interventions chirurgicales en France, malgré la maladie qui grignotait inexorablement ses facultés, il continuait d’apparaître à des soutenances de thèse, de collaborer, de résister. Comme si les mots, jusqu’au dernier souffle, avaient refusé de l’abandonner.
La communauté académique gabonaise et africaine est résolument en deuil. Auguste Moussirou Mouyama est décédé dans la ville d’Arras, cité historique dont les places baroques et le beffroi, classés à l’UNESCO, semblent une demeure digne de celui qui aura, toute sa vie, habité la beauté des langues.
