Débat public : repoussoir ou faire-valoir ? | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

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À chacun de ses gestes, à chacune de ses prises de parole, Alain-Claude Billie-By-Nze est voué aux gémonies. L’attaquer frontalement offre à ses adversaires une visibilité immédiate, en attendant une récompense politique. 

En concentrant leurs attaques sur Billie-By-Nze, ses contradicteurs esquivent l’essentiel : défendre leurs propres choix et proposer une alternative crédible au débat qu’il impose. © GabonReview / Dall-E (Intelligence artificielle)

 

La politique est d’abord un combat d’idées. C’est pourquoi le débat public doit être exigeant et rigoureux. Il doit éclairer les citoyens, rendre l’action publique plus intelligible et en garantir la transparence. Il ne saurait se réduire à une joute personnelle ni à un combat de coqs. Pourtant, un spectacle de cette nature nous est servi depuis quelques temps. À chacun de ses gestes, à chacune de ses prises de parole, Alain-Claude Billie-By-Nze est voué aux gémonies. Responsables politiques, influenceurs autoproclamés ou anonymes rivalisent d’ardeur pour le renvoyer aux années Ali Bongo, déversant des tombereaux d’injures en prenant eux-mêmes des libertés avec la vérité ou la décence. La semaine dernière, ce scénario s’est rejoué : en sus des zélateurs habituels, le vice-président de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) et le président de son groupe parlementaire au Sénat ont cru bon de monter au créneau, chacun s’efforçant de se montrer plus offensif.

Pourquoi s’acharner sur l’un et s’accommoder des autres ?

Pour les barons de l’UDB, comme pour une frange de l’opinion, le président d’Ensemble pour le Gabon est une cible idéale. Sa propension à donner des leçons de gouvernance irrite. Son ton parfois professoral agace. Sa faconde et sa maîtrise des arcanes de l’Etat impressionnent et dérangent à la fois. Son passé et ses revirements nourrissent la défiance. Mais en le dépeignant comme le principal ou l’unique responsable du chaos des années Ali Bongo voire des décennies de règne du Parti démocratique gabonais (PDG), ses adversaires franchissent une ligne rouge : la simplification outrancière mêlée à la mauvaise foi. En convoquant ses outrances passées, ils éludent le fond du débat : le Gabon est-il sur la bonne voie ? Les choix opérés sont-ils pertinents ? Quelles perspectives offre le Plan national de croissance et de développement (PNCD) ? Faute de réponses à ces questions, l’attaque personnelle devient inévitable.

Que cherchent les contradicteurs d’Alain-Claude Billié-By-Nzé ? À le délégitimer ? L’entreprise prête à sourire tant de nombreux cadres de l’UDB ont exercé de hautes fonctions sous Ali Bongo sans jamais trouver à redire. Pourquoi s’acharner sur l’un et s’accommoder des autres ? Parce qu’il a l’outrecuidance de l’ouvrir ? Mais les autres ne se taisent pas par respect, mais pour s’assurer une place au soleil. Leur migration n’a pas été motivée par des convictions, mais par l’opportunisme. Ils n’ont pas changé de camp pour défendre une cause, mais pour préserver leurs intérêts. En réalité, l’explication la plus plausible est aussi la moins avouable : dans un paysage politique en recomposition, le dernier Premier ministre d’Ali Bongo est devenu un repoussoir utile, un faire-valoir commode. L’attaquer frontalement offre une visibilité immédiate, en attendant une récompense politique.

Répondre aux critiques par des arguments

Face à ce déferlement, des anonymes expriment leur malaise. Sur les réseaux sociaux, ils disent éprouver une soudaine sympathie pour Alain-Claude Billie-By-Nze. «C’est un 3% qui vous traumatise ?», s’est écrié l’un d’eux, ajoutant : «Il est devenu votre fonds de commerce, votre sujet. Vous ne pouvez pas parler sans mentionner son nom». Et de trancher : «Je crois qu’il est vraiment (l’homme) de la rupture». Le propos peut être balayé d’un revers de main, mais il traduit un ras-le-bol. Il exprime un désir de voir le débat gagner en densité. Au-delà, c’est une invite à ne pas créer les conditions de l’effet boomerang. Il ne faut pas être grand clerc pour parvenir à ce constat. Pourtant, les zélotes ne l’entendent pas de cette oreille. Engagés dans une course à l’échalote, ils en font toujours un peu plus. Au final, ils transforment le débat public en une querelle de chiffonniers.

Figure marquante du régime déchu, Alain-Claude Billie-By-Nze aurait sans doute gagné à observer une période de viduité. En créant son écurie, il a pris le risque de cristalliser rancœurs et ressentiments. Mais, à y regarder de près, sa posture n’est pas la pire. Comparée à celle de ses anciens compagnons, elle apparaît plus cohérente. Ses détracteurs ne le comprennent-ils pas ?  À chaque attaque ad hominem, ils l’installent davantage au centre du jeu politique. S’ils souhaitent assainir le débat public et en élever le niveau, ils gagneraient à changer de stratégie : répondre aux idées par d’autres idées, aux critiques par des arguments et substituer la polémique par l’échange courtois. À défaut, le jeu politique risque de virer en un duel stérile, reléguant les préoccupations des citoyens au second plan.