En prévision du 2nd tour des législatives : Restaurer la confiance | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

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D’ici au 11 octobre prochain, deux principes doivent être de mise : responsabilité et transparence.  Au-delà des apparences, le scrutin de samedi dernier a laissé à certains l’impression de vivre dans une société où la rouerie et la flatterie passent avant le mérite et l’effort personnel.

Le scrutin de samedi dernier a laissé l’impression d’une société où la rouerie et la flatterie passent avant le mérite et l’effort personnel. Dans un pays où des «résultats tronqués» ont déjà accouché d’un coup de force, cet entêtement et cette indifférence nourrissent toutes les peurs et tous les fantasmes. © GabonReview

 

On reparle de fraude. On dénonce les mêmes manquements, les mêmes abus. Alimentées par les identités des personnalités appelées à gérer les bureaux de vote, la transhumance électorale, la distribution anarchique des cartes d’électeurs, l’usage immodéré des procurations et bulletins non authentifiés, les coupures d’électricité au moment du décompte, l’absence de bulletins de certains candidats, le mauvais décompte des bulletins à remettre aux électeurs, les accusations fusent de partout. Ayant caressé des rêves de renouveau, la population semble horrifiée. Dans cette ambiance, l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) est pointée du doigt. Si elle peut se défendre d’avoir la haute main sur l’administration, cette formation politique a fait le lit au soupçon : non seulement, elle a recyclé le personnel du Parti démocratique gabonais (PDG), mais ses candidats se sont présentés comme les mandataires du «détenteur du pouvoir exécutif».

Analyses à courte vue

Créée le 5 juillet dernier, l’UDB s’est entre-temps affublée de breloques du PDG. Pourtant, lors de son assemblée générale constitutive, son président-fondateur l’avait présentée comme «le point de ralliement de toutes celles et tous ceux qui croient (…) en (…) un Gabon (…) tourné vers l’avenir». Moins de trois mois plus tard, ce parti est décrit comme un «variant du virus PDG». Samedi dernier, l’engagement en faveur d’une «gouvernance responsable et participative» a été trahi par la boulimie et les analyses à courte vue. Il en a résulté un capharnaüm indescriptible et même une impression de retour à l’ordre ancien. Tout à la fois président-fondateur de l’UDB et chef du gouvernement, le président de la République est soupçonné d’avoir tout cautionné en amont. Jamais, sa responsabilité n’a autant été questionnée.

N’en déplaise aux sectateurs, cette situation n’est à l’avantage de personne. Bien au contraire. D’ici au second tour, il faudra tout mettre en œuvre pour restaurer la confiance. À cette fin, deux principes doivent être de mise : responsabilité et transparence.  Au-delà des apparences, le scrutin de samedi dernier a laissé à certains l’impression de vivre dans une société où la rouerie et la flatterie passent avant le mérite et l’effort personnel. En appelant à «l’annulation pure et simple de ces élections», l’ancien Premier ministre Julien NKoghé Békalé n’a pas dit autre chose. En creux, il a exprimé sa gêne et son mal-être. Implicitement, il a invité le ministre de l’Intérieur et les responsables de la Commission nationale d’organisation et de coordination des élections et du référendum (Cnocer) à tirer les conséquences de leurs actes. Indirectement, il s’est prononcé pour plus de clarté dans la suite des événements.

Poser la première pierre d’un projet collectif

Malheureusement, le ministre de l’Intérieur semble ne pas l’entendre de cette oreille. Sûr de son fait, il fonce tête baissée, sans se soucier des conséquences : sous un concert de protestations, il a publié les résultats en sa possession, y compris les plus farfelus, donnant l’impression d’être en mission commandée ou d’agir dans un intérêt connu de lui seul. Comme si tout cela ne la concerne guère, l’Autorité de contrôle des élections et du référendum (Acer) s’est jusque-là emmurée dans le mutisme, semant le doute sur sa capacité à remplir ses missions. Dans un pays où des «résultats tronqués» ont déjà accouché d’un coup de force, cet entêtement et cette indifférence nourrissent toutes les peurs et tous les fantasmes. C’est dire s’il y a urgence à corriger le tir si l’on veut vraiment tourner la page cette «gouvernance irresponsable (…) risquant de conduire le pays au chaos.»

Aux termes de la Constitution, le président de la République peut gouverner sans majorité parlementaire.  Mais il doit instaurer la confiance pour avancer sereinement. Or, certains de ses soutiens de la présidentielle expriment désormais leurs doutes, inquiétudes et parfois, leur colère. De ce point de vue, le constat dressé par l’ancien Premier ministre Raymond Ndong Sima, évoquant un «retour à la case départ», ne peut être balayé d’un revers de main. Et pour cause : la légitimité ne se réduit pas à l’absence d’obstacle institutionnel, elle se construit au quotidien, dans l’écoute et la fidélité aux engagements de départ. Le 11 octobre prochain, il ne sera pas seulement question du second tour des législatives. Il faudra poser la première pierre d’un projet collectif, au-delà des chapelles et écuries politiques.