Fer guinéen contre fer gabonais : le réveil douloureux du Gabon minier | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |
Alors que Brice Clotaire Oligui Nguema assiste, ce 11 novembre, à l’inauguration du gigantesque gisement de fer de Simandou en Guinée, le Gabon doit mesurer l’ampleur du retard de Belinga. Entre un voisin continental devenu puissance minière et un projet national enlisé par les lenteurs, les soupçons et les ruptures politiques, le contraste est brutal : la Guinée exporte, le Gabon attend.
En assistant à l’inauguration de Simandou, Oligui Nguema pourrait se retrouver face au miroir cruel d’un pays ami qui concrétise ce que le Gabon n’a pas encore su accomplir : transformer un rêve minier en puissance économique. © GabonReview (montage) – image de fond Patrick Meinhardt/AFP)
Le président Brice Clotaire Oligui Nguema, séjourne en Guinée Conakry à l’invitation de son homologue Mamadi Doumbouya, pour assister au lancement du mégaprojet minier de Simandou, présenté comme l’un des plus grands chantiers d’Afrique. visite qui illustre un contraste saisissant : pendant que la Guinée entre dans une nouvelle ère industrielle, le Gabon, lui, voit son projet de Belinga s’enliser dans les retards et les incertitudes.
Simandou : un géant déjà en marche – Belinga : un projet encore à l’arrêt
En Guinée, Simandou est devenu réalité. Les premières exportations de minerai de fer ont débuté mi-novembre 2025, marquant le passage officiel à la phase industrielle. Le gisement, d’une qualité exceptionnelle (65 % de fer), produira à terme jusqu’à 120 millions de tonnes par an, propulsant le pays parmi les grands producteurs mondiaux.
Un réseau ferroviaire de plus de 600 kilomètres relie désormais les montagnes du sud-est guinéen au port maritime de Morebaya. Ce projet colossal, soutenu par la Chine et le groupe Rio Tinto, est directement piloté par l’État guinéen. D’après le Fonds monétaire international, il pourrait augmenter le PIB de la Guinée de 26 % d’ici 2030, un bond inédit pour le pays.
Au Gabon, le projet de Belinga, pourtant présenté comme le «gisement du siècle», reste bloqué au stade exploratoire. La société Ivindo Iron (Fortescue Metals Group, ATIF et l’État) a bien réalisé une expédition test en 2023, mais sans suite industrielle. Les obstacles sont connus : absence de chemin de fer dédié, de port en eau profonde et de source d’énergie suffisante pour lancer la production à grande échelle.
Les autorités gabonaises affirment que les travaux se concentrent encore sur les études géologiques et environnementales, tandis que les populations locales attendent des retombées concrètes.
La stratégie du réalisme progressif de Bilie-By-Nze
Pourtant, dès 2022, l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze défendait une approche progressive et pragmatique du projet Belinga. Plutôt que de promettre une exploitation massive immédiate, il préconisait de commencer à petite échelle en s’appuyant sur les infrastructures existantes, comme le Transgabonais et le port d’Owendo. L’idée était de lancer une production pilote limitée, afin de tester la chaîne logistique et de rassurer les investisseurs.
Il envisageait ensuite une montée en puissance graduelle, au rythme du développement des infrastructures et des financements, tout en tenant compte des fluctuations du marché mondial du fer. Cette méthode visait à protéger le pays d’un éventuel effondrement des prix, tout en consolidant la crédibilité du projet au fur et à mesure.
En somme, Bilie-By-Nze proposait de bâtir Belinga pas à pas, dans une logique de maîtrise et de durabilité. Mais le coup d’État d’août 2023, les soupçons de corruption et le gel des décisions ont interrompu cette stratégie, laissant le projet dans une phase d’attente prolongée.
Repenser la trajectoire gabonaise
«La mise en exploitation de Simandou est une très mauvaise nouvelle pour nous. Avec des réserves huit fois supérieures à Belinga et la même teneur en fer, Simandou contraint notre projet à une mise en veilleuse pour 10 à 15 ans», confie un haut cadre du ministère des Mines.
Les faits lui donnent raison : la Guinée dispose déjà de ses infrastructures, d’investisseurs puissants et d’une stratégie nationale claire. Le Gabon, lui, doit encore convaincre.
Dans ce nouveau contexte, la priorité du Gabon n’est plus de vouloir rivaliser avec Simandou, mais de définir une stratégie adaptée à ses propres moyens. Cela signifie concentrer les efforts, dans le Haut-Ogooué, sur Baniaka, un projet plus avancé et plus réaliste à court terme, tout en misant sur la valorisation du manganèse, un secteur où le pays excelle déjà à l’échelle mondiale. En parallèle, le Gabon gagnerait à créer une sidérurgie nationale, capable de transformer sur place le fer et le manganèse. Ce choix permettrait de produire localement des matériaux à plus forte valeur ajoutée et de réduire la dépendance vis-à-vis des exportations brutes.
L’exemple de Simandou rappelle une vérité simple : un gisement ne vaut rien sans vision, sans discipline et sans cohérence politique. En anticipant une exploitation par étapes, Bilie-By-Nze avait vu juste. Mais le temps perdu depuis a laissé à la Guinée une avance considérable. Pour que Belinga revive, le Gabon devra renouer avec cette rigueur et transformer ses ressources naturelles en véritables moteurs d’indépendance économique.
