Gabon–FMI : vers un programme de croissance sous discipline macroéconomique | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

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Le gouvernement gabonais annonce l’ouverture d’un nouveau cycle de coopération avec le Fonds monétaire international, en conformité avec les critères de convergence de la Cemac. Cette perspective d’un ajustement budgétaire ravive le débat public. Entre ambitions de croissance, exigences de discipline macroéconomique et risques sociaux, l’opposition interroge déjà la nature des choix à venir : rigueur nécessaire ou austérité assumée.

«Le Gabon mettra en œuvre un programme économique de croissance, avec l’appui du FMI, dans l’intérêt macroéconomique de la Cemac et pour répondre aux ambitions de développement économique et social du pays» (image d’illustration). © GabonReview/IA

 

Dans un communiqué officiel rendu public mercredi 21 janvier 2026 par le ministère de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la vie chère, le gouvernement annonce que «le Gabon mettra en œuvre un programme économique de croissance, avec l’appui du Fonds monétaire international (FMI), dans l’intérêt macroéconomique de la sous-région Cemac et pour répondre aux ambitions de développement économique et social du pays».

Selon les autorités, qui rappellent que cette relance du dialogue avec le FMI a été marquée par une rencontre de haut niveau, cette orientation s’inscrit dans une dynamique de coopération renforcée avec les partenaires techniques et financiers. Une délégation conduite par Abebe Aemro Selassie, directeur du Département Afrique du FMI, a d’ailleurs été reçue en audience le 5 novembre 2025 par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Les échanges ont porté «notamment sur la vision de développement du Gabon, axée sur le renforcement de la gouvernance, la promotion de la transparence dans la gestion des ressources publiques et l’amélioration des conditions de vie des populations», précise le communiqué, qui souligne que cette rencontre «a marqué l’engagement des autorités gabonaises en faveur d’une coopération forte et durable avec le FMI».

Un outil contre la vie chère

Dans le prolongement de ces orientations présidentielles, «les discussions techniques et institutionnelles entre le Fonds monétaire international et la République gabonaise se sont renforcées et se poursuivent activement» sous la conduite du ministère de l’Économie. Le gouvernement précise que cette démarche vise également la lutte contre la vie chère, dans un contexte budgétaire exigeant.

Le gouvernement insiste par ailleurs sur l’ancrage régional de cette politique économique : «Le Gabon, en ligne avec la politique macroéconomique de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), tout en appelant à une démarche collective et concertée à l’échelle communautaire, s’attellera à une harmonisation budgétaire soutenable et conforme aux directives sous-régionales.»

Les autorités gabonaises réaffirment que le pays «demeure pleinement engagé pour la mise en œuvre effective dudit programme de croissance, conformément aux procédures du FMI, dans un esprit de responsabilité, de transparence et de coopération, au service de la stabilité macroéconomique et du développement du pays».

Réactions politiques : le débat sur la rigueur budgétaire relancé

Cette annonce n’a pas tardé à susciter des réactions dans la classe politique. L’ancien Premier ministre Alain-Claude Billie-By-Nze a commenté la perspective d’un accord avec le FMI sur le réseau social X. Dans un message au ton direct, l’opposant, ancien candidat à la présidentielle d’avril 2025, résume : «Le Gabon va donc adopter une loi de finances rectificative pour se conformer aux critères de convergence de la Cemac, en vue d’un accord avec le FMI. Austérité ou rigueur ? Fini le populisme, place au réel !»

À sa suite, Ali Akbar Ononga Y’Obegue, Docteur en Droit et professeur à la Faculté de Droit et des Sciences économiques de l’Université Omar Bongo (UOB), conclut sur Facebook que le budget 2026 élaboré par les autorités, présenté comme crédible et souverain, reposait en réalité sur des hypothèses de croissance irréalistes et a rapidement montré ses limites. Pour lui, l’entrée du pays dans un programme avec le FMI constitue un aveu d’échec et de mauvaise gouvernance budgétaire. Si ce recours est nécessaire pour restaurer la crédibilité financière et éviter un effondrement, il révèle aussi la fragilité des choix économiques opérés depuis 2023, estime-t-il, mettant en garde contre une austérité aveugle qui, comme les programmes d’ajustement structurel des années 1980-1990, pourrait aggraver la crise sociale déjà explosive.

M. Ononga Y’Obegue appelle à un ajustement juste et responsable, fondé sur des négociateurs compétents, des clauses de sauvegarde sociale, un calendrier réaliste et l’implication des forces vives de la Nation : le FMI doit être un partenaire technique et non un maître, et le gouvernement doit protéger la population tout en assainissant ses finances publiques.