Imunga Ivanga : « Le cinéma gabonais doit se réinventer sans renier sa mémoire » | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

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Au terme de la Semaine rétrospective du cinéma gabonais, organisée du 16 au 21 février 2026 à Libreville par l’Institut français du Gabon, Gabonreview a rencontré Imunga Ivanga. Réalisateur, scénariste, producteur et dirigeant culturel, l’homme est l’une des figures tutaires du 7e art gabonais. Auteur du célèbre Dôlé (2000), couronné du Tanit d’Or à Carthage, et de nombreux autres films primés, il revient sans détour sur les mutations, les défis et les espoirs d’une cinématographie en quête d’elle-même.

Pour le Réalisateur, scénariste, producteur et dirigeant culturel, Imunga Ivanga, le cinéma gabonais doit se réinventer sans renier sa mémoire. © D.R.

On entend parfois que le grand long métrage gabonais est en voie de disparition. Partagez-vous ce diagnostic ?

Vous parlez bien de chez nous, j’espère ? Des longs métrages, il y en a. Quant à leur qualité, à leur reconnaissance, la critique, le public et le temps seront les seuls juges. Ce qui est certain, c’est que le professionnalisme des œuvres produites demeure le véritable baromètre à l’aune duquel il faut mesurer la vitalité d’une cinématographie. Le reste n’est que perception.

Le financement reste-t-il le nerf de la guerre ?

Il est au cœur de tout. La question du financement est centrale dans la production cinématographique, qu’il s’agisse de fiction ou de documentaire. Elle se pose avec une acuité particulière dès lors que l’on ambitionne de produire un long métrage. Mais avant de tendre la main, encore faut-il commencer par le commencement : disposer d’un scénario original, suffisamment solide pour capter l’attention de ceux à qui l’on s’apprête à solliciter un soutien. Et ce scénario doit répondre à des normes de présentation rigoureuses, être évalué, budgétisé. On peut, bien sûr, frapper à la porte des entreprises privées. Mais si l’État gabonais, à l’instar d’autres pays, se dotait d’un fonds de production cinématographique structuré et conséquent, cela changerait la donne. Ce dispositif national gagnerait à être complété par des financements internationaux, ils existent, partout dans le monde, pour qui sait les identifier et les solliciter avec les bons outils.

Le numérique a-t-il fondamentalement allégé la contrainte financière ?

Indubitablement. Tout dépend, bien sûr, du niveau d’ambition que l’on se fixe. Mais il y a bien longtemps que le numérique a supplanté l’argentique. Du temps de la pellicule, les rushs impressionnés étaient expédiés dans un laboratoire en Europe pour être développés, puis renvoyés et l’on les visionnait avec cette anxiété familiere, en espérant qu’il n’y ait pas de mauvaises surprises. Tout cela était à la fois coûteux et éprouvant. Aujourd’hui, ce stress n’existe plus : ce que l’on filme est immédiatement visible et exploitable. Les coûts n’ont plus rien à voir avec ceux d’antan, ce qui offre une liberté de création inédite. Cette démocratisation de l’outil a par ailleurs contribué à l’émergence de nouveaux acteurs, porteurs de voix nouvelles. C’est une révolution silencieuse, mais réelle.

La question de la formation et de la transmission entre générations vous semble-t-elle suffisamment prise en charge ?

Les deux posent problème, peut-être. Paradoxalement, les opportunités de formation au plan local sont aujourd’hui plus nombreuses qu’elles ne l’ont jamais été. Des filières audiovisuelles existent dans certaines grandes écoles, et des instituts spécialisés l’INPTIC et l’IPMAC, notamment proposent des formations aux métiers du cinéma et de la télévision. Par ailleurs, autodidacte ou non, le web regorge de ressources précieuses : cours en ligne, critiques de films, cinémathèques virtuelles du monde entier. Il suffit d’en avoir l’envie et la volonté.

La transmission passe aussi, et peut-être surtout, par l’expérience des tournages, ces espaces privilégiés de rencontre et de fabrication collective. Mais je dois être honnête : l’exercice des métiers du cinéma et de l’audiovisuel échappe encore largement à un encadrement professionnel digne de ce nom. Pour moi, c’est la question de la professionnalisation qui reste l’enjeu principal. Chaque génération est un peuple neuf : elle se doit de s’inventer et de s’affirmer avec ses propres talents, d’éprouver ses forces et ses limites. Mais nous sommes des fabricants de mémoire et à ce titre, il est fondamental que chaque génération se nourrisse aussi de l’histoire de celles qui l’ont précédée. Sans cela, on ne bâtit rien de durable.