Intérims ministériels hors texte et démissions : Bilie-By-Nze pointe le chaos et appelle à réécrire la Constitution | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

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Lors de la conférence de presse qu’il a animée mardi 9 décembre à Libreville, l’ancien Premier ministre et président d’Ensemble pour le Gabon (EPG), Alain-Claude Bilie-By-Nze, a exprimé des critiques à propos des intérims ministériels en cours dans le pays. Il s’est également appesanti sur les démissions au sein du gouvernement et les contradictions constitutionnelles autour du cumul des fonctions ministérielle et parlementaire. Pour lui, la nouvelle «Constitution est un monstre». Il propose de la réécrire pour définitivement sortir des confusions et des improvisations.

L’ancien Premier ministre et président d’Ensemble pour le Gabon (EPG), Alain-Claude Bilie-By-Nze, le 9 décembre 2025, à Libreville. © GabonReview

 

Alors que des membres du gouvernement élus députés ont récemment démissionné pour éviter le cumul de fonctions, conformément aux exigences de la loi, notamment l’article 73 de la Constitution gabonaise qui stipule que «les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice d’un mandat parlementaire», l’ancien candidat à la présidentielle, l’ex-Premier ministre, Alain-Claude Bilie-By-Nze, a analysé la situation qui en découle. Depuis les démissions, les fonctions de ces derniers sont assurées par des ministres intérimaires. Or, selon l’ex-chef de l’Administration, ces intérims actuels dans certains ministères «ne sont prévus par aucun texte».

«La constitution n’en parle pas. Ministre par intérim, ça n’existe pas»

«La constitution n’en parle pas. Ministre par intérim, ça n’existe pas», a-t-il déclaré, lors d’une conférence de presse qu’il a animée, le 9 décembre. Cette situation, selon lui, crée un vide institutionnel et une gouvernance incertaine, notamment illustrée par le cas du ministre des Affaires étrangères, devenu président de l’Assemblée nationale. «Ça montre bien que cette Constitution, lorsqu’ils ont décidé de la mettre en place, ils avaient l’esprit dans la gouvernance d’Omar Bongo et la lettre dans quelque chose qu’ils voulaient de nouveau», a-t-il fait remarquer.

Bilie-By-Nze a aussi pointé du doigt le paradoxe créé par la Constitution de 2024, qu’il décrit comme «monstre» du fait de ses contradictions. Le leader d’EPG a rappelé que la Constitution actuelle permet aux ministres d’être choisis parmi les parlementaires, une disposition précisée par l’article 70. «Les membres du gouvernement sont choisis au sein du parlement et en dehors» et «sont éligibles à un mandat national, local», indique cet article. Pourtant, l’article 73 interdit la double fonction : «les fonctions de membres du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice des mandats parlementaires».

«On entend en Conseil des ministres que les cabinets font de la résistance. Est-ce que ce pays est gouverné ?»

Dès lors, il estime que ce conflit institutionnel bloque le bon fonctionnement du gouvernement, car «le gouvernement ne peut pas démissionner puisque le chef du gouvernement, lui-même, ne peut pas démissionner».

Concernant les démissions individuelles de certains membres du gouvernement, Bilie-By-Nze s’interroge : «aujourd’hui, ils ont officiellement démissionné, mais ils ont aides de camp, chauffeurs, voitures, etc. Leurs cabinets sont en place. On entend en Conseil des ministres que les cabinets font de la résistance. Est-ce que ce pays est gouverné ?» Il a ainsi dénoncé cette situation qui entraîne une paralysie de l’administration, soutenant que cette confusion découle d’un manque de cohérence dans la Constitution adoptée précipitamment, sans réelle réflexion approfondie.

«Cette Constitution est un monstre» et il faut «avoir le courage de réécrire cette constitution»

D’où la vive critique des promoteurs du «oui» au référendum de 2024. «On a entendu ceux qui menaient campagne pour le oui nous dire publiquement : ‘votons d’abord, on verra le reste après’», a-t-il rappelé, ajoutant que cette démarche a abouti à «un régime qui n’est ni semi-présidentiel ni le présidentiel, mais un hybride» problématique qui empêche une gouvernance claire et efficace.

Face à cette impasse, Alain-Claude Bilie-By-Nze appelle à une révision urgente de la Constitution. «Cette Constitution est un monstre» et il faut «avoir le courage de réécrire cette constitution». À ses yeux, seule la réécriture permettra de sortir de ce système qui crée une confusion entre séparation et collaboration des pouvoirs, et qui paralyse l’action gouvernementale.

Il a par ailleurs déploré le manque de vision et d’orientation qui en découle pour le pays. Le tout illustré notamment par des promesses non tenues à la diaspora et un climat général d’«improvisation».