Mémoire vivante du Gabon, Michel Anchouey s’éteint à 91 ans | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

Mémoire vivante du Gabon, Michel Anchouey s'éteint à 91 ans | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

 

Michel Raymond Anchouey, figure majeure de la vie politique et institutionnelle, patriarche respecté de la communauté Mpongwè et mémoire vivante de la République, s’est éteint le 23 novembre 2025 à son domicile de Batterie IV, à Libreville, à l’âge de 91 ans. Serviteur infatigable de l’État, intellectuel engagé et artisan discret de la stabilité nationale, il laisse derrière lui un héritage colossal. Son départ marque la fin d’une époque et l’aurore d’une légende.

Avec Michel Anchouey disparaît bien plus qu’un homme d’État : c’est toute une époque, celle des bâtisseurs de la nation, qui s’efface. © D.R.

 

Libreville s’est réveillée ce lundi avec le cœur lourd. Une lumière s’est éteinte, et avec elle une part de la mémoire vivante du Gabon. Michel Raymond Anchouey, patriarche de la communauté Mpongwè, figure notable de l’administration et de la politique nationale, s’est éteint le 23 novembre 2025, à son domicile de Batterie IV. Il avait 91 ans. Affaibli par la maladie, il avait choisi de rester chez lui, refusant l’hôpital avec la détermination qui aura marqué toute son existence. «Il voulait partir en paix, dans la maison où il avait aimé, combattu, réfléchi, prié», confie un proche. Il est parti comme il a vécu : avec dignité, simplicité et courage.

Sur la scène internationale, Michel Raymond Anchouey présida le groupe ACP et fut coprésident ACP-CEE lors des négociations de la Convention de Lomé II. © D.R.

Né le 29 septembre 1934 à Libreville, Michel Anchouey traversa soixante années de vie publique avec une constance presque ascétique. Formé à l’École nationale française des douanes, diplômé en sciences politiques et en droit, titulaire d’un certificat en sociologie, il incarna l’exigence intellectuelle et la rigueur morale au service de l’État. Inspecteur principal des douanes dès 1967, puis secrétaire général adjoint de l’UDEAC l’année suivante, il fut de cette génération fondatrice qui posa les premières pierres de la coopération économique régionale.

Ministre du Plan, du Développement et de l’Aménagement du territoire (1975-1980), puis ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de l’Économie rurale (1980-1990), Michel Anchouey laissa l’empreinte d’un serviteur infatigable. On disait de lui qu’il «ne dormait jamais», qu’il travaillait avec un sens presque sacré du devoir et une obsession du résultat utile. Sur la scène internationale, il présida le groupe ACP et fut coprésident ACP-CEE lors des négociations de la Convention de Lomé II, contribuant à l’un des accords les plus structurants entre l’Afrique, les Caraïbes, le Pacifique et l’Europe.

Mais Michel Anchouey fut bien plus qu’un administrateur hors pair. Intellectuel et historien, il a contribué à la documentation de l’histoire politique gabonaise, en publiant plusieurs ouvrages. Notamment, ‘’Premiers pas vers une nation : la vie politique au Gabon de 1960 à 1965’’, un ouvrage témoignant de la période critique de construction de l’État gabonais. Parmi ses travaux académiques, on compte également ‘’Organisation et fonctionnement d’une chefferie chez les Mpongwè au Gabon’’, ouvrage démontrant son intérêt pour les structures socio-politiques autochtones.

Membre de la Cour constitutionnelle de 1998 à 2012, il veilla scrupuleusement sur l’édifice juridique qu’il avait contribué à ériger. Patriarche vénéré de la communauté Mpongwè, il incarnait cette sagesse ancestrale qui réconcilie tradition et modernité.

Le Gabon perd aujourd’hui un pilier, un témoin précieux de son histoire, un homme dont l’intégrité et le dévouement traversèrent les époques et les régimes sans jamais faillir. Dans le silence de ce dimanche de novembre, c’est toute une page de l’histoire nationale qui s’est refermée doucement. Le Gabon perd un sage. Les Mpongwè perdent un père. La Nation perd une conscience. Mais l’Histoire, elle, vient de gagner un immortel à la gabonaise.