Passeport, «Bongo», 265 mentions : quand le Gabon apparait dans les fichiers Epstein | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

Passeport, «Bongo», 265 mentions : quand le Gabon apparait dans les fichiers Epstein | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

 

Le nom du Gabon figure dans les archives Epstein. Mais entre rumeurs et réalité, que révèlent vraiment les documents ? Demande de passeport en 2011, mention d’un chef d’État et 265 mentions qui affolent les compteurs : l’enquête démêle le vrai du trompeur. Aucune preuve d’implication criminelle, mais des traces qui éclairent les zones grises où pouvoir, argent et influence internationale se croisent. Décryptage.

Le Gabon n’est pas au cœur de l’affaire Epstein, mais son nom apparaît dans les marges où ce n’est jamais un détail anodin. © GabonReview / Dalle-E (Intelligence artificielle)

 

Le scandale Epstein renvoie à l’affaire judiciaire et politique autour de Jeffrey Epstein, financier américain accusé d’avoir organisé pendant des années un système d’exploitation sexuelle de mineures. Déjà condamné en 2008 pour une infraction liée à une adolescente, il a longtemps continué à circuler et à fréquenter des cercles très influents. Arrêté à nouveau en 2019, il est mort en détention avant son procès (suicide selon la version officielle). Depuis, des documents (courriels, pièces judiciaires, archives) ont nourri une question centrale : comment un homme aussi compromis a-t-il pu entretenir des réseaux aussi vastes ?

Dans cet ensemble, le nom du Gabon apparaît. Mais il faut distinguer ce qui est écrit de ce que cela prouve réellement.

2011 : Epstein cite le Gabon dans sa demande de second passeport

Premier élément clairement établi : en juin 2011, Jeffrey Epstein adresse une demande urgente de second passeport au Département d’État américain. Il explique vouloir voyager rapidement entre plusieurs pays pour des activités qu’il présente comme professionnelles. Dans cette lettre, il écrit notamment : «Je suis fréquemment obligé d’organiser des voyages internationaux sur très court préavis avec des itinéraires impliquant de multiples destinations, nécessitant l’obtention de plusieurs visas simultanément, ce qui est simplement infaisable sans un second passeport

Dans le même document, Epstein cite explicitement ses destinations prévues, parmi lesquelles figurent plusieurs pays africains, dont le Gabon. Il précise : «Veuillez m’accorder un second passeport afin que je puisse obtenir les trois visas pour l’Afrique pendant que j’utilise mon passeport actuel en France».

À cette date, un point essentiel doit être rappelé : Epstein est déjà un délinquant sexuel condamné, mais la loi américaine ne lui interdit pas encore de voyager à l’étranger. Ce vide juridique ne sera comblé qu’en 2016 avec l’adoption de la Loi internationale de Megan. Le Gabon n’est donc pas une exception, mais l’une des destinations rendues possibles par cette faille légale.

Un e-mail mentionne «Bongo», mais aucune rencontre prouvée

Deuxième élément sensible : un courriel attribué à Epstein évoque l’organisation possible de rencontres politiques en Afrique centrale. Il y mentionne des discussions à venir avec des chefs d’État, dont «Bongo», une référence très probablement liée à Ali Bongo Ondimba, président du Gabon de 2009 à 2023.

Il est fondamental d’être clair : aucune preuve ne montre qu’une rencontre ait eu lieu, ni qu’Ali Bongo ait entretenu une relation directe avec Epstein. Il s’agit d’une proposition évoquée dans un échange privé, et rien de plus.

Un chiffre circule souvent : 265 mentions du Gabon dans les fichiers Epstein. Pris seul, ce nombre est trompeur. Il inclut des doublons, des listes automatiques, des métadonnées et des répétitions de documents. En réalité, les mentions réellement significatives se concentrent sur la demande de passeport de 2011 et cet e-mail politique.

Enfin, le Gabon apparaît dans un contexte régional plus large. Epstein a été actif en Afrique de l’Ouest et centrale, notamment en Côte d’Ivoire, où il a facilité des projets liés à la sécurité et à la technologie, aux côtés de responsables internationaux. Le Gabon n’est pas directement impliqué dans ces dossiers, mais appartient à une région stratégique qui attirait son intérêt.

En conclusion, les documents disponibles ne montrent aucune implication du Gabon dans les crimes sexuels d’Epstein. Le pays apparaît comme une mention périphérique, liée à des projets déclarés et à des contacts politiques potentiels. Ce n’est pas une preuve judiciaire. Mais c’est un rappel : dans l’affaire Epstein, même les noms cités sans suite disent quelque chose des zones grises où se croisent pouvoir, argent et influence internationale.