Port-Gentil : Plongée dans l’abîme d’une dette municipale à 6 milliards de FCFA | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |
Pour l’acteur de la société civile Cédric Tchissambou, l’ardoise colossale de la mairie de Port-Gentil n’est pas un accident de parcours. Dans une analyse sans concession, il pointe du doigt un « échec structurel » mêlant contrats léonins, effondrement des recettes propres et gestion clientéliste. Voyage au cœur d’un système à bout de souffle.
L’ardoise colossale de la mairie de Port-Gentil n’est pas un accident de parcours. © D.R.
L’acteur de la société civile Cédric Tchissambou. © D.R.
À Port-Gentil, le chiffre donne le tournis : plus de 6 milliards de FCFA de dettes. Mais au-delà de la froideur des chiffres, c’est une dérive de gestion longue de plusieurs années que dénonce Cédric Tchissambou. Pour cet observateur averti, la capitale économique est aujourd’hui prisonnière d’un passif qu’elle n’a plus les moyens de résorber.
La racine principale du mal se situerait, selon lui, dans la gestion de la collecte des ordures ménagères. Depuis 2015, la municipalité se serait enfermée dans un contrat avec le prestataire Gabon Propre Services (GPS), sans jamais parvenir à honorer régulièrement ses engagements.
Paiements erratiques, absence de renégociation et accumulation d’arriérés ont creusé un fossé financier béant. Avec une capacité de mobilisation mensuelle de seulement 60 millions de FCFA face à une dette de cette ampleur, l’équation semble impossible. «Ce n’est pas une crise soudaine, c’est une dérive prolongée», tranche Cédric Tchissambou.
Des recettes en chute libre et un budget « asphyxié »
L’autre signal d’alarme concerne l’effondrement des recettes propres de la commune. En l’espace d’un an (2024-2025), ces dernières auraient fondu de moitié, passant de 4 milliards à moins de 2 milliards de FCFA. Inefficacité du recouvrement, incivisme fiscal et poids de l’économie informelle : les causes sont multiples, mais le résultat est identique : la mairie n’a plus aucune marge de manœuvre.
Aujourd’hui, le budget municipal est presque intégralement absorbé par la masse salariale et les charges administratives. Cette rigidité interdit tout investissement. Résultat : le parc automobile vieillit, les équipements tombent en ruine et la ville s’enfonce dans une dépendance coûteuse aux prestataires privés pour la moindre maintenance.
L’analyse de Cédric Tchissambou n’épargne pas les pratiques de gestion passées. Il évoque des primes attribuées sans base réglementaire claire et une gestion teintée de clientélisme qui aurait indûment alourdi la masse salariale. Les récentes coupes dans certains avantages ne seraient, à l’en croire, que des mesures de survie pour éviter l’asphyxie totale.
Enfin, la fragilité de Port-Gentil repose sur sa dépendance excessive aux ristournes de l’État. Le moindre retard au niveau du Trésor public paralyse l’ensemble des paiements municipaux.
Les pistes de sortie : l’heure de l’audit ?
Pour sortir de cette impasse, Cédric Tchissambou plaide pour une thérapie de choc : la réalisation d’un audit indépendant des finances municipales ; une renégociation musclée des contrats structurants (notamment celui des déchets) ; une réforme profonde du recouvrement fiscal ; un plan de restructuration de la dette crédible.
«Sans réforme profonde, la ville restera prisonnière de ses propres déséquilibres», prévient-il. Alors que le débat est désormais sur la place publique, la municipalité est face à un choix historique : engager un redressement structurel douloureux ou accepter un enlisement durable.
