Présence des juges dans le bureau du ministre : un scandale avant le procès de Sylvia Bongo, estime Bilie-By-Nze | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

Présence des juges dans le bureau du ministre : un scandale avant le procès de Sylvia Bongo, estime Bilie-By-Nze | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

 

Au lendemain de la rencontre, le 6 novembre, entre le ministre de la Justice, le Dr Séraphin Akure-Davain, et les acteurs devant intervenir  dans le procès de l’ex-Première dame, Sylvia Bongo Ondimba, et de son fils, Noureddin Bongo Valentin,  l’ancien Premier ministre, Alain Claude Bilie-By-Nze, président d’Ensemble pour le Gabon (EPG), y voit une grave atteinte à l’indépendance de la justice. Il a dénoncé, le 7 novembre, la présence des juges dans le bureau du ministre, non sans relever l’«illusion» d’une justice impartiale, alors qu’elle est plutôt «rendue au nom du prince» et non du peuple gabonais. Des choses et d’autres tirés de l’intervention de l’ex-chef du gouvernement.

L’ancien Premier ministre, Alain-Claude Bilie-By-Nze, président d’Ensemble pour le Gabon (EPG), le 7 novembre 2025, à Libreville. © GabonReview

 

Comme il est désormais de tradition, l’ancien patron de la haute administration gabonaise, l’ex-Premier ministre gabonais, Alain-Claude Bilie-By-Nze, président d’Ensemble pour le Gabon (EPG), a commenté, ce vendredi 7 novembre, l’actualité nationale. Deux faits majeurs ont retenu son attention à savoir la Loi de finances 2026 et le fonctionnement actuel de la justice au Gabon. Lors de cette conférence de presse, l’opposant n’a pas mâché ses mots pour décrire le traitement des dossiers judiciaires, non sans se questionner abondamment notamment sur le contenu et l’accord supposé signé avec la famille Bongo, révélé par une vidéo clandestine. 

La justice : utilisée pour des «vengeances» politiques plutôt que pour faire respecter la loi

«Tous les jours, les proches du chef de l’État sont mis en cause dans des dossiers qui font scandale médiatiquement. Et aucun n’est poursuivi. Et ça fait deux ans que ça dure», a  affirmé l’ancien Premier ministre. Pour lui, cette situation nuit gravement à la confiance des citoyens envers leur justice, désormais perçue comme «instrumentalisé» et utilisée pour des «vengeances» politiques plutôt que pour faire respecter la loi.

Sur la séance de travail autour du ministre de la Justice, à quatre jours de l’ouverture du procès de l’ex-Première dame, Sylvia Bongo Ondimba, et de son fils, Noureddin Bongo Valentin, le leader d’EPG parle d’un «scandale», «lorsqu’à l’avant-veille d’un procès, le ministre reçoit dans son bureau, aussi bien les juges du parquet, le procureur, que ceux du siège, le président de la Cour d’appel spécial, qui doit donc présider ce procès, le président de la Cour d’appel spécial de Libreville» se retrouvent dans le bureau du ministre. «Qu’y faisaient-ils à l’avant-veille d’un procès ?» s’est-il longuement questionné.

«Une justice qui ment est-elle digne de confiance ?»

© GabonReview

Se prononçant sur ce procès prévu le 10 novembre prochain, le président d’EPG a soulevé de nombreuses questions au sujet de la vidéo virale montrant des protagonistes judiciaires dans des circonstances suspectes. Bilie-By-Nze interpelle : «est-ce que c’est bien le procureur général que l’on voit sur la vidéo ?» et «qu’est-ce qu’il faisait au domicile de M. Ali Bongo Ondimba?», «Est-ce madame le procureur de la Cour d’appel que l’on voit sur la vidéo. Si c’est bien elle, que faisait-elle chez Ali Bongo ?». À ces questions et à bien d’autres, il exige des réponses et des explications claires.

Bilie-By-Nze souligne par ailleurs qu’«il faut rappeler à l’opinion que cette vidéo a été tournée clandestinement. Qu’elle sorte plusieurs mois après et que, jusqu’à présent, la justice ne nous avait pas dit que ces messieurs et dames s’étaient rendus au domicile d’Ali Bongo Ondimba, en présence des prisonniers, quelques heures avant qu’ils ne quittent le territoire. La justice a dissimulé cela. La justice a menti». «Est-ce qu’une justice qui ment est-elle digne de confiance ?» a-t-il demandé.

«Rendue dans le nom du peuple, pourquoi la justice va-t-elle négocier un accord dans le secret du peuple gabonais ?»

Il a de même dénoncé le manque d’explications du procureur général et critique le secret entourant un accord supposé entre la famille Bongo et le pouvoir, qui ne serait pas conforme aux principes d’une justice transparente au service du peuple.  «Sans la vidéo, est-ce qu’on aurait su qu’il y avait eu un accord entre la famille d’Ali Bongo et le pouvoir ?», a-t-il interrogé, et répondant que «la justice est partie prenante d’un accord. Et pourtant, elle est rendue dans le nom du peuple gabonais». Dans ce sens, il se demande «pourquoi va-t-elle négocier un accord dans le secret du peuple gabonais ?»

L’ancien locataire du 2-Décembre lève également des interrogations sur le contenu de ce supposé accord. «On entend madame Sylvia Bongo dire, ‘’vous m’avez tout pris. Je n’ai plus rien, vous m’avez tout pris’’. Qu’est-ce qui a été pris exactement ? Si c’est de l’argent, combien ? Et cet argent est où ? Où est la liste sur le procès-verbal ? Il n’y en avait aucun. Qui a dressé le procès-verbal ? Quand ? Si ce sont des voitures, ce sont lesquelles ? Si ce sont des maisons, ce sont lesquelles ? Si ce sont des entreprises, ce sont lesquelles ?», a-t-il encore questionné.

«Puisque la justice est dans le nom du peuple gabonais, il faut de la transparence dans ce dossier»

© GabonReview

Pour lui, «la transparence dans ce dossier est nécessaire, parce que c’est supposé être l’argent du Gabon, et donc du peuple gabonais». Ce qui l’a amené à faire noter que «puisque la justice est dans le nom du peuple gabonais, il faut de la transparence dans ce dossier».

Au-delà du procès, l’ancien Premier ministre fait remarquer l’absence de poursuite contre l’ancien président, Ali Bongo Ondimba, tandis que son épouse et son fils sont mis en cause. «Comment comprendre que sa femme le soit ? Comment comprendre que son fils le soit ?» s’est-il interrogé, évoquant l’importance d’une justice neutre. Selon lui, ce procès symbolise le déclin de la justice gabonaise, qui devrait être un instrument d’équité et non un «procès du procès de la justice».

Restaurer la sérénité et la crédibilité de la justice

Bilie-By-Nze appelle à une réforme profonde de l’appareil judiciaire et demande que la magistrature soit indépendante de la politique, à l’image des systèmes démocratiques reconnus. Il souligne que la «mise en détention politique» et «les pressions sur les magistrats» doivent cesser pour restaurer la sérénité et la crédibilité de la justice. Seule une justice apaisée, estime-t-il, rendue «au nom du peuple gabonais» pourra redonner confiance aux citoyens et rétablir la vérité. Ceci dans la mesure où il fait savoir que «la justice ne doit pas avoir un visage. Elle ne doit pas être instrumentalisée. Elle ne doit pas être orientée. Elle doit être neutre. Elle doit être dite avec sérénité».

Comme lors de ses autres sorties, la prise de parole de Bilie-By-Nze met en lumière les dysfonctionnements du système judiciaire gabonais à l’heure où le pays observe avec attention le déroulement d’un procès aux ramifications politiques importantes. Et une question centrale demeure : «la justice au Gabon pourra-t-elle se détacher des influences du pouvoir et garantir une équité réelle à tous ses citoyens ?».