Procès de Sylvia et Noureddin Bongo : la CNR pointe les défaillances et dénonce une «triste parodie judiciaire» | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |
Opposition, colère institutionnelle et appel à une justice indépendante après le procès de Sylvia Bongo Ondimba et de son fils Noureddin : par la voix de son président, Vincent Moulengui Boukosso, la Coalition pour la nouvelle République (CNR) a dénoncé, le 29 novembre, et pointé les travers du procès de Sylvia Bongo, épouse de l’ancien président Ali Bongo, et de leur fils aîné, Noureddin Bongo Valentin.
Le président de la CNR, le professeur Vincent Moulengui Boukosso, et quelques membres de la Coalition, le 29 novembre 2025, à Libreville. © GabonReview/Capture d’écran
La Coalition pour la nouvelle République (CNR), par la voix de son président, le professeur Vincent Moulengui Boukosso, a vivement condamné, le 29 novembre, le procès de Sylvia Bongo, épouse de l’ancien président Ali Bongo, et de leur fils aîné Noureddin Bongo Valentin, condamnés par contumace à 20 ans de prison pour détournement de fonds publics, assortis d’une restitution solidaire de 4,4 milliards de francs CFA. Pour la plateforme politique, ce jugement n’est rien d’autre qu’une «triste parodie judiciaire», révélatrice d’une justice qui, selon elle, a renoncé aux principes cardinaux de l’État de droit.
«Une justice sacrifiée sur l’autel des intérêts privés»
Revenant sur la procédure qui s’est achevée le 18 novembre, la CNR affirme avoir observé froidement le déroulement du procès et en dénonce la nature profondément viciée. Dans une déclaration officielle lue par son président, le Pr. Moulengui Boukosso, la coalition estime que «le respect intransigeant de la loi, l’indépendance de la justice et l’équilibre du pouvoir ont été régulièrement sacrifiés sur l’autel des intérêts privés».
Le conglomérat de l’opposition met notamment en cause l’instabilité juridique née de l’indisponibilité d’Ali Bongo en 2018 et l’invention, selon elle, «d’une fiction juridique» par la Cour constitutionnelle. Elle souligne également que ni Sylvia Bongo, ni Noureddin n’auraient détenu aucun mandat officiel pouvant justifier les responsabilités qui leur sont attribuées dans la gestion des affaires publiques.
«Si la mère et le fils Bongo Valentin se sont érigés en donneurs d’ordre qui ont été exécutés, c’est parce qu’il y a eu manifestement une chaîne de civils et de militaires ambitieux, serviles et cupides qui auraient rompu leur serment de fidélité à la patrie en travestissant leurs obligations légales», a dénoncé la CNR.
Procédure «sélective» et institutions de contrôle «inopérantes»
La Coalition fustige le caractère «sélectif» du procès, évoquant l’absence de mise en cause de certains hauts responsables qui, selon elle, auraient dû répondre de leurs actes. Une omission qui, pour la plateforme, jette un doute profond sur la volonté réelle de faire éclater toute la vérité.
Elle pointe également les dysfonctionnements d’organismes censés protéger la République : la Cour des comptes, l’Inspection générale des finances, ou encore la Commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite, décrites comme «largement inopérantes» face au «chaos financier».
Sur ce point, la CNR se réfère au procès dit Young Team, affirmant que : «Les aveux des prévenus détaillant les détournements des deniers publics, des décaissements hasardeux et des distributions de primes et bonus à des montants effarants heurtent la conscience collective.»
Pour une justice impartiale et une commission «Vérité-Justice-Réparation-Réconciliation»
La CNR exige une justice débarrassée des influences politiques et déterminée à poursuivre tous les complices, y compris au plus haut niveau de l’État : «Elle doit, avec une impartialité et une rigueur absolues, traquer tous les complices, commanditaires et bénéficiaires, où qu’ils se trouvent, y compris dans les arcanes les plus élevés du pouvoir passé et du pouvoir présent.»
Elle réclame également la publication transparente dans le Journal officiel de l’ensemble des biens saisis, afin de restaurer la confiance citoyenne, et propose la création d’une instance nationale de vérité et de réparation : «Seule une instance de cette envergure, inclusive, impartiale et approfondie peut permettre de faire la lumière sur toutes les périodes sombres de notre histoire […] et d’engager le processus de guérison nationale.»
Un arrangement politique dénoncé
Enfin, la CNR critique l’arrangement qui, selon elle, aurait permis à Ali Bongo, Sylvia et Noureddin de quitter le pays avec la bénédiction du président actuel, un fait présenté comme «un jeu de dupe» dont «le peuple gabonais serait la victime», portant atteinte à la crédibilité de la parole du président ayant déclaré devant un chef d’Etat que les mis en cause ont fui le pays.
La coalition conclut en appelant à une refondation profonde du système politique et judiciaire gabonais, afin que «la justice devienne la colonne vertébrale de notre nation» et fonde un État de droit authentique.
