Réseaux sociaux en suspens : quand l’ancien régime donne une leçon de liberté au nouveau | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |
Suspendre les réseaux sociaux pour “protéger la nation”, ou pour étouffer le bruit du réel ? Dans une tribune au vitriol, Ali Akbar Onanga Y’Obegue transforme la décision de la HAC en acte d’accusation politique. Droit, mémoire du pouvoir, inégalités sociales, contradiction institutionnelle : ligne après ligne, il démonte la logique d’une suspension qu’il qualifie de «punition collective» et pose une question redoutable : un régime qui coupe le réseau cherche-t-il vraiment l’ordre… ou redoute-t-il la vérité ?
Ali Akbar Onanga Y’Obegue : «quand un régime coupe le réseau, c’est qu’il a perdu le signal du réel.» © GabonReview
Il y a des tribunes qui commentent l’actualité. Et il y a celles qui cherchent à la renverser. Le texte publié le 23 février par Ali Akbar Onanga Y’Obegue appartient clairement à la seconde catégorie. Sous le titre déjà accusatoire, «Quand un régime coupe le réseau, c’est qu’il a perdu le signal du réel», l’ancien ministre devenu secrétaire général du PDG fidèle à Ali Bongo ne se contente pas de critiquer la suspension des réseaux sociaux décidée le 17 février par la Haute Autorité de la Communication. Il en fait le révélateur d’un pouvoir qu’il juge à la fois fragile, contradictoire et socialement injuste.
Le premier angle d’attaque est juridique. Il relève que la HAC a annoncé la suspension «jusqu’à nouvel ordre» en invoquant des contenus susceptibles de «déstabiliser les institutions». Et il rappelle un principe fondamental : «Or dans tout État de droit, on ne sanctionne jamais sans faits précis, identifiés, circonstanciés et imputables à des personnes déterminées.» La critique est nette : la décision évoque des «contenus illicites» sans les désigner.
Une mémoire politique retournée contre le pouvoir
La tribune devient explosive lorsqu’elle convoque l’histoire récente. Onanga Y’Obegue affirme que les réseaux sociaux furent hier l’outil de ceux qui gouvernent aujourd’hui. Il écrit sans détour : «Leur contribution à la déstabilisation de l’ancien régime a été monnayée en postes et en influence.» La charge est directe : ceux qui dénoncent aujourd’hui le désordre numérique auraient participé hier à son instrumentalisation.
Plus corrosive encore est sa dénonciation d’une «punition collective». Il souligne l’injustice sociale de la mesure, expliquant que «Les Gabonais les plus aisés, équipés en VPN, continuent d’accéder aux réseaux exactement comme avant. Mais qui paie vraiment ?» Et il tranche : «La punition collective n’appartient pas à la tradition démocratique, mais aux régimes qui substituent la brutalité globale à la justice individuelle.»
Le passage le plus incisif concerne la contradiction des autorités elles-mêmes. D’un côté, les réseaux sont présentés comme dangereux et justifient une suspension générale ; de l’autre, les institutions continuent d’y diffuser leurs communiqués et leurs activités officielles. Ali Akbar Onanga Y’Obegue formule alors une question simple : «Pour quel public publie-t-il sur des réseaux prétendument inaccessibles ?» Autrement dit, si ces plateformes sont réellement bloquées, à qui s’adressent ces messages ? Cette incohérence conduit l’auteur à poser une alternative peu flatteuse : soit le pouvoir sait que la suspension ne s’applique pas à tout le monde et l’assume (ce qui relèverait du cynisme), soit il ne mesure pas pleinement la portée de sa propre décision, ce qui traduirait une forme d’incompétence.
Enfin, la phrase mémorielle qui claque : «Même le régime déchu n’a jamais fait ça.» En référence aux quatorze années de pouvoir d’Ali Bongo Ondimba, il affirme : «Et pendant quatorze ans, Ali Bongo Ondimba, alors qu’il en a payé de sa personne, n’a pas une seule fois suspendu les réseaux sociaux.»
La conclusion est sans appel : «Couper le signal ne supprime pas la réalité.» Et plus encore : «quand un régime coupe le réseau, c’est qu’il a perdu le signal du réel.»
Au-delà de la posture politique, la tribune transforme une décision administrative en test de légitimité. Elle ne discute pas une mesure : elle interroge la nature même du pouvoir qui l’ordonne.
