Subvention affichée, contrat voilé : les zones d’ombre du programme SNI à Bikélé | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

Subvention affichée, contrat voilé : les zones d’ombre du programme SNI à Bikélé | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

 

Une lettre a parlé de 15 millions à payer. Un communiqué évoque maintenant un logement qui coûterait 30 millions. Entre les deux, une vérité plus complexe se dessine : des familles relogées vont s’engager pour 25 ans, à 50 000 francs par mois, sans que toutes les garanties juridiques ne soient clairement exposées. Au-delà de la bataille des chiffres, c’est la solidité du contrat qui mérite d’être scrutée. Car un toit promis n’est une propriété acquise que si le droit le protège sans ambiguïté.

Entre effort public affiché et obligation financière à long terme, derrière les logements de Bikélé, un mécanisme de location-accession dont les garanties juridiques restent à clarifier. ©D.R. [Image d’illustration]

 

Au lendemain de la diffusion d’une lettre d’«attribution» adressée à un bénéficiaire relogé à Bikélé, la Société nationale immobilière (SNI) a publié un communiqué pour «apporter des clarifications substantielles». Les deux documents parlent du même programme. Mais ils ne le présentent pas de la même manière. Pour comprendre, il faut calmement regarder les chiffres.

Le communiqué de la SNI introduisant la notion de «coût réel» du logement estimé à 30 millions FCFA. © D.R.

La lettre envoyée au bénéficiaire est claire. Elle parle d’une «location assortie d’une promesse de vente sur une durée de vingt-cinq (25) ans». En pratique, cela signifie que la personne ne reçoit pas un logement gratuitement. Elle doit payer pendant 300 mois, soit 25 ans.

Le montant total est indiqué noir sur blanc : «à l’issue des 300 mois : FCFA 15.000.000». La mensualité est fixée à «50.000 FCFA», et le calcul est simple : 50 000 francs par mois pendant 300 mois, cela fait bien 15 millions. Jusque-là, il n’y a pas d’ambiguïté.

D’où viennent les 30 millions ?

Dans son communiqué daté du 12 février, la SNI introduit un nouveau chiffre : «le coût réel d’un logement est estimé à 30.000.000 FCFA». L’établissement public devenu société anonyme d’intérêt national explique que l’État prend en charge la moitié de ce coût. Les bénéficiaires ne paieraient donc que 10 ou 15 millions selon le type de maison.

Autrement dit, la SNI affirme que chaque logement coûte en réalité 30 millions à produire, mais que l’État en paie 15 millions. Le bénéficiaire, lui, rembourse les 15 millions restants.

Sur le principe, cela peut être logique. Construire un logement ne signifie pas seulement bâtir les murs. Il faut aussi aménager les routes, installer l’eau et l’électricité, réaliser les études techniques, gérer le chantier. Tous ces éléments peuvent augmenter le coût total.

Mais le communiqué ne détaille pas ces 30 millions. On ne sait pas combien coûte la construction elle-même, combien représentent les routes, les réseaux ou les frais administratifs. Le chiffre est donné sans explication.

Ce que cela change vraiment

En réalité, les deux documents ne se contredisent pas. Ils décrivent le même mécanisme : une location-accession avec paiement étalé sur 200 à 300 mois, pour une mensualité de 50 000 FCFA. Ce qui change, c’est la manière de présenter l’opération.

La lettre parle d’un logement à 15 millions. Le communiqué parle d’un logement qui coûte 30 millions mais dont la moitié est payée par l’État. Dans les deux cas, le bénéficiaire devra verser 15 millions sur 25 ans.

La vraie question n’est donc pas seulement le chiffre annoncé. Elle est plus dérangeante : à quel moment précis le bénéficiaire devient-il juridiquement propriétaire ? Le transfert du titre foncier est-il automatique après la dernière mensualité ou conditionné à une nouvelle formalité ? Et surtout, que se passe-t-il en cas d’impayé ? Si une famille connaît une difficulté temporaire, risque-t-elle de perdre le logement et les sommes déjà versées ? Sur ces points essentiels, ni la lettre ni le communiqué ne donnent de réponses détaillées.

Le débat ne doit donc pas se limiter à 15 ou 30 millions. Il doit porter sur les garanties concrètes offertes aux familles relogées : clarté des clauses, protection des paiements effectués, équilibre réel du contrat. Car un engagement de vingt-cinq ans n’est pas une formalité administrative. C’est une trajectoire de vie. Et sur une telle durée, la solidité juridique compte davantage que l’effet d’annonce.