[Tribune] L’essor d’une classe moyenne, un levier de croissance économique ! | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

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Alors que le panier de la ménagère gabonaise s’allège dangereusement et que les familles peinent à satisfaire leurs besoins essentiels, une solution s’impose pour désamorcer la crise sociale : investir massivement dans l’essor de la classe moyenne. C’est la thèse que défend François Owono Messi*, économiste et financier, qui plaide pour un doublement de cette catégorie socio-économique durant le septennat. À travers cinq axes stratégiques, il dessine les contours d’un modèle keynésien où la consommation des ménages devient le moteur d’un cercle vertueux associant croissance économique et réduction de la pauvreté.

Selon François Owono Messi, «Toute action publique en faveur d’un ajustement des revenus transforme la consommation des ménages en un moteur de croissance.» © GabonReview / Dall-E (intelligence artificielle)

 

Inspecteur central du Trésor public, François Owono Messie* est reconnu dans les milieux financiers pour sa contribution à la modernisation du service public et pour son implication dans la création de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), ainsi que pour le maintien du Fonds National de l’Habitat (FNH). © D.R.

Au-delà du retard infrastructurel à rattraper et des défis de soutenabilité budgétaire, il y’a le panier de la ménagère qui connaît une baisse significative malgré les mesures de lutte contre la vie chère. Les familles éprouvent de plus en plus des difficultés à se nourrir, se loger, se vêtir, se soigner et accéder aux biens et services durables.

Une situation qui alimente une bulle sociale à désamorcer par la réduction du chômage, les revalorisations salariales et la régularisation des situations administratives des agents publics. La hausse du pouvoir d’achat maintient la cohésion sociale et stimule la demande globale, mais reste dépendante des contraintes budgétaires et de la maîtrise de l’inflation.

En effet, toute action publique en faveur d’un ajustement des revenus transforme la consommation des ménages en un moteur de croissance. Elle stimule la demande globale et crée un marché intérieur solide et attractif pour l’investissement.

Il est à noter que la société gabonaise comprend trois grands groupes socio-économiques définis à partir des critères de revenus, habitat, profil métier, culture et pouvoir.

1- La classe populaire ou groupe des gabonais économiquement faibles (45% de la population) vit sous le seuil de pauvreté avec des revenus faibles et irréguliers, limitant sa consommation de biens et services au minimum vital. Un dispositif de filets sociaux est nécessaire pour sortir de la précarité et faire de cette couche sociale un acteur économique majeur.

2- La classe moyenne émergente (35% de la population) comprend les fonctionnaires pour l’essentiel, les employés qualifiés du secteur privé et les professions intermédiaires. Un groupe à fort potentiel de consommation bénéficiant d’emplois stables, de revenus confortables, d’une épargne réelle et d’un accès facile au crédit bancaire, un véritable levier économique.

3- La classe aisée ou supérieure (20% de la population) possède des revenus très élevés souvent liés à des emplois bien rémunérés dans la fonction publique ou le secteur privé. Ils sont cadres dirigeants, hauts fonctionnaires, politiciens et entrepreneurs avec des habitudes de consommation davantage tournées vers les produits et services d’exception.

Ainsi, il revient à l’Etat d’investir sur la classe sociale intermédiaire en faisant passer sa population du simple au double pendant le septennat à travers des mécanismes visant :

1- le soutien des entreprises à forte employabilité et améliorant les conditions de travail :

▪︎ Créer des incitations fiscales pour les entreprises qui embauchent des jeunes diplômés et des personnes en situation de précarité ;

▪︎ Mettre en place des programmes de formation continue pour les employés ;

▪︎ Faciliter l’accès au crédit aux PME qui créent des emplois.

2- la stabilisation des revenus, les évolutions salariales et la mobilité socio-fessionnelle :

▪︎ Revaloriser le SMIG ( salaire minimum interprofessionnel garanti) ;

▪︎ Mettre en place des mécanismes de protection sociale pour les travailleurs vulnérables ;

▪︎ Encourager la négociation collective pour améliorer les conditions de travail.

3- l’accès facile à la propriété immobilière et à l’épargne :

▪︎ Créer des programmes de logements sociaux abordables ;

▪︎ Mettre en place des mécanismes de garantie pour les prêts immobiliers ;

▪︎ Encourager l’épargne long terme avec des incitations fiscales.

4- l’investissement massif dans l’éducation pour une ouverture des perspectives de carrière et de revenus :

▪︎ Augmenter le budget alloué à l’éducation ;

▪︎ Mettre en place des programmes de formation professionnelle adaptés aux besoins du marché ;

▪︎ Encourager la formation continue pour les adultes.

5- la mise en œuvre des filets de protection sociale pour protéger le citoyen contre les aléas de la vie (chômage, maladie et retraite):

▪︎ Faciliter le financement de l’économie populaire pour autonomiser les populations ;

▪︎ Créer un système de protection sociale universelle ;

▪︎ Mettre en place des programmes de soutien aux familles vulnérables ;

▪︎ Encourager la solidarité nationale pour soutenir les plus démunis.

En fait, le modèle keynésien de la croissance peut s’inviter dans la politique budgétaire et permettre à l’Etat de se donner une visibilité économique et une meilleure prévisibilité pour les investisseurs et les ménages. L’émergence d’une classe moyenne solide et durable avec un pouvoir d’achat confortable stimule la demande intérieure, la production nationale et l’investissement, créant ainsi un cercle vertueux de croissance économique, de développement social et de lutte contre la pauvreté.

En définitive, il est important de s’appuyer sur un modèle économique et se doter des moyens de sa mise en œuvre. L’inéluctable collectif budgétaire à venir, présageant d’une forme d’austérité, pourrait préserver le modèle social de développement.

François OWONO MESSI*

Economiste, Financier

Concepteur/Architecte de la création de:

– la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC)

– la Banque du Trésor & du réseau de Monétique