[Tribune Libre] Aux sources de la République : Ce que nous murmure le gouvernement du 15 octobre 1959 | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

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Alors que le Gabon amorce un tournant décisif de son histoire contemporaine, le regard porté vers nos pères fondateurs n’est plus une simple affaire de nostalgie, mais une nécessité de boussole. Entre la transition de l’État colonial vers la souveraineté et les défis de l’unité nationale, le gouvernement du 15 octobre 1959 demeure le laboratoire originel de notre identité politique. À travers l’évocation d’une photographie historique et du parcours de Jean-François Ondo Ndong, cette tribune interroge la solidité des fondations de notre République. Quels enseignements tirer de cette « gouvernance par apprentissage » pour le Gabon d’aujourd’hui, au moment où la Constitution de 2024 semble faire écho à celle de 1961 ? Soixante-cinq ans plus tard, alors que le pays embarque dans la Cinquième République, la Révérende Docteur Estelle Ondo lance un appel : « Enseigner l’histoire de notre pays, de ses institutions et de ses figures marquantes constitue un chantier majeur dans la relance des valeurs patriotiques ». Car sans mémoire collective, pas de conscience nationale. Et sans conscience nationale, quelle souveraineté véritable pour les générations futures ?

Entre la transition de l’État colonial vers la souveraineté et les défis de l’unité nationale, le gouvernement du 15 octobre 1959 demeure le laboratoire originel de notre identité politique. © D.R.

Une mission historique sans précédent

La Révérende Docteur Estelle Ondo, petite-fille de feu Jean-François Ondo Ndong. © D.R.

En tombant ce jour sur cette photo, j’ai été fortement émue. J’ai eu une pensée particulière pour ces fondateurs de notre République. Le gouvernement du 15 octobre 1959 était chargé d’une mission historique : conduire le Gabon à l’indépendance. Une indépendance qui était à la fois synonyme de libération de notre pays du joug de la colonisation, mais aussi, la transition d’un Etat colonial à un Etat gabonais souverain. Tels étaient les enjeux essentiels de ce gouvernement. Des enjeux auxquels, faut-il le dire, l’élite politique gabonaise de l’époque et les membres de ce premier gouvernement n’avaient nécessairement bien « préparé », malgré les premiers joutes électorales du milieu de la fin des années 1940 à la fin des 1950. Il n’existait pas de « modèle » de gouvernement à imiter car à l’époque la quasi-totalité des pays africains entraient dans l’inconnu de l’histoire : l’indépendance à préserver et l’appareil étatique à mettre en place. Ça a été une forme de gouvernance par apprentissage.

Une stabilité préservée, des fondations bâties

Ailleurs, les élites et les premiers gouvernements avaient vite sombrer dans les divisions et les conflits violents. Mais le bilan fait est que cette période au cours de laquelle ce premier gouvernement a dirigé le pays a été la plus sensible et charnière, mais aussi globalement réussie malgré quelques péripéties de la vie politique de l’époque. Ce premier gouvernement du Gabon indépendant a su maintenir la stabilité du pays, posé les bases d’une République à travers la constitution de février 1961 qui est en réalité le miroir de l’actuel constitution du 19 décembre 2024. Au plan administratif, ce gouvernement, dont on ne parle plus sous les traits foncés des joutes partisanes entre l’USDG et le BDG, a pourtant posé les jalons des grands corps de l’Etat (code civil, code pénal, forces armées, cadre organique des ministères, doctrine de la diplomatie gabonaise).

Jean-François Ondo Ndong, un parcours gouvernemental exceptionnel

Mon grand-père, feu Jean-François Ondo Ndong (4e de la droite vers la gauche) en fit partie en qualité de ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Puis s’en suivra un parcours gouvernemental exceptionnel. Le 09 novembre 1960, il est nommé ministre de la Défense nationale et des Archives nationales. Le 12 février 1961, il devient ministre des affaires sociales. Le 10 mai 1962, il est promu ministre d’Etat, chargé de la Justice et de l’intérim de la vice-présidence du gouvernement. Le 1er janvier 1963, il est ministre d’Etat chargé du travail avant de devenir le 19 février 1963, ministre d’Etat chargé des Affaires étrangères. Il a donc été un maillon essentiel du régime du premier président Léon Mba, contribuant ainsi à la construction de la jeune République gabonaise. Sous son impulsion, plusieurs textes fondant les missions et l’organisation de ces ministères ont été adoptés ainsi que des réformes majeures à l’exemple de la pérennisation du caractère laïc et gratuit de l’éducation nationale, de la scolarisation massive des enfants, le lancement de la structuration des forces armées gabonaises, etc.

Un père fondateur de la République

Ondo Ndong Jean François a donc été un homme d’Etat engagé, serviteur fidèle de la nation. Il a consacré une grande partie de son existence au service de la République, avec dévouement, loyauté et sens élevé de l’intérêt général. Il est légitimement au rang des « pères fondateurs » de notre République. Oyem sa ville natale a gardé de lui aussi, bien au-delà de son clan Nkodjègne, le souvenir d’un patriarche, d’un défenseur des valeurs et de la dignité de la ville et de la province.

Je m’incline devant sa mémoire et celle des membres du gouvernement du 15 octobre 1959. Enseigner l’histoire de notre pays, de ses institutions et de ses figures marquantes constitue un chantier majeur dans la relance des valeurs patriotiques.

 

Révérende Docteur Estelle Ondo