Vœux au chef de l’État : les quatre vérités du secteur privé gabonais | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

Vœux au chef de l’État : les quatre vérités du secteur privé gabonais | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |

 

Asphyxie financière des entreprises, concurrence déloyale de l’informel, coûts logistiques prohibitifs et fragilité des équilibres sociaux : pour Alain Claude Kouakoua, la réussite de la transition économique du Gabon ne relève plus du discours d’intention, mais de la capacité de l’État à lever ces quatre freins structurants. À l’occasion des vœux au chef de l’État, le président de la Fédération des Entreprises du Gabon a livré une analyse sans fard et une feuille de route exigeante, dessinant les conditions d’un partenariat renouvelé entre puissance publique et secteur privé, au cœur de la transformation économique voulue par le président Oligui Nguema.

Dette intérieure, informel, logistique, protection sociale : le président de la FEG, Alain Kouakoua, pose les conditions économiques de la réussite économique du Gabon. © Communication présidentielle

 

Dans le cadre solennel de la cérémonie officielle de présentation des vœux au chef de l’État, Alain Claude Kouakoua, président de la Fédération des Entreprises du Gabon (FEG), a livré une allocution d’une rare densité politique et économique. Derrière l’exercice protocolaire, le discours s’est imposé comme une lecture lucide de la conjoncture nationale et comme une feuille de route assumée du secteur privé à l’adresse du président Brice Clotaire Oligui Nguema.

Dès les premières phrases, le ton est donné. «L’année qui s’ouvre revêt une importance particulière. Elle s’inscrit dans une séquence décisive, où les réformes engagées doivent désormais produire des résultats concrets, visibles et mesurables, dans la vie des entreprises, dans l’emploi et dans le pouvoir d’achat de nos concitoyens», affirme Alain Claude Kouakoua, inscrivant clairement l’intervention dans une logique de résultats et d’impact réel.

Un État stratège reconnu, une exécution attendue

Le président de la FEG salue les orientations stratégiques impulsées sous l’autorité du chef de l’État, notamment en matière de gouvernance économique et de souveraineté financière. Il souligne que «la décision de renforcer la domiciliation des ressources issues des industries extractives, tout comme celle relative à la domiciliation des recettes d’exportation, traduit une volonté claire : mieux maîtriser les flux financiers stratégiques et consolider les bases d’une croissance plus endogène, plus résiliente et plus inclusive».

Ces choix sont perçus comme «des signaux forts pour le secteur privé», qui y voit «l’expression d’un État stratège, attentif à la structuration durable de l’économie nationale». Mais ce satisfecit s’accompagne d’une exigence sans ambiguïté : l’année 2026 doit être celle d’«une accélération maîtrisée» des réformes, articulée aux réalités quotidiennes des entreprises formelles, identifiées comme «les principaux moteurs de l’investissement, de la création de valeur et de l’emploi».

Trésorerie, climat des affaires et logistique : les points de rupture

Le discours entre alors dans le dur. La question de la trésorerie est posée frontalement. «Les délais de paiement, tout comme la persistance de la dette intérieure, assèchent les capacités financières des opérateurs économiques. Ils freinent l’investissement. Ils retardent la création d’emplois», avertit le président de la FEG. S’il évoque un règlement progressif, il insiste sur la nécessité d’un «règlement total et définitif de la dette intérieure», condition indispensable pour «redonner durablement du souffle à l’investissement et restaurer pleinement la confiance des entreprises».

Le climat des affaires n’est pas épargné. La «multiplication des contrôles», la «parafiscalité persistante» et «l’hétérogénéité des pratiques administratives» sont décrites comme une pression continue sur les entreprises en règle, tandis que «la prolifération de l’informel» est dénoncée comme un facteur de distorsion de concurrence et d’érosion durable de l’assiette fiscale.

À cela s’ajoutent les coûts logistiques et portuaires. Les «délais de dédouanement», la «prolifération des intermédiaires» et les «surcoûts» qui en résultent «pénalisent directement les entreprises et alimentent la vie chère». Alain Claude Kouakoua appelle à une réforme pragmatique de la chaîne portuaire, fondée sur «la simplification, la digitalisation et la responsabilisation des acteurs», ainsi qu’à une régulation plus rigoureuse du secteur des transitaires.

Protection sociale : un équilibre à préserver

Dans un registre tout aussi structurant, le président de la FEG aborde la question sensible de la protection sociale, qu’il érige en enjeu de stabilité économique autant que de cohésion nationale. Il rappelle que «la CNSS et la CNAMGS sont des piliers essentiels de notre modèle de protection sociale» et que leur pérennité constitue «une priorité partagée». Pour autant, prévient-il, les réformes engagées doivent impérativement «s’inscrire dans une démarche concertée, progressive et équilibrée, afin de préserver la viabilité des entreprises formelles, sans compromettre les équilibres sociaux». Un message limpide : la soutenabilité des régimes sociaux et la compétitivité du tissu productif ne sauraient être opposées, mais pensées conjointement.

Une clarification politique sans ambiguïté

Au terme de son allocution, Alain Claude Kouakoua tient à lever toute équivoque sur la posture du secteur privé. «Il ne s’agit ni d’une posture de revendication, ni d’un refus de la réforme. Il s’agit d’un appel à une action publique efficace, concertée et soutenable», affirme-t-il. La Fédération des Entreprises du Gabon se dit pleinement engagée aux côtés de l’État pour bâtir «un partenariat exigeant, fondé sur la confiance, le dialogue et la co-construction des politiques économiques».

Le message est clair et assumé : un secteur privé fort, structuré et compétitif n’est pas un contre-pouvoir, mais «un allié stratégique indispensable» à la réussite de la vision de transformation économique et sociale portée par le chef de l’État.